jeudi 20 juin 2013

JACOULET, LES JOURS HEUREUX


Il y a quelques années que je nourris une passion secrète et honteuse pour l'œuvre de Paul Jacoulet.
L'évoquer en public me valait des sourires narquois agrémentés de condescendantes remarques sur "les kitscheries exotiques" et " la mièvrerie décorative" que suscitait son travail. Depuis qu'une exposition lui a été consacrée en ce début d'année au prestigieux Musée du quai Branly, on peut aimer Jacoulet sans vergogne et l'encenser sans crainte. Pourquoi ce discrédit soudain mué en effet de mode ?
Serait-ce que son raffinement désuet et son goût immodéré pour les couleurs pastels jurent dans un monde gris, trop entiché du faux sérieux de la réalité quotidienne. La douceur de Jacoulet, à la manière de la fadeur de Verlaine, oppose à la rudesse des visions quotidiennes un univers languide et harmonieux, un micro-climat où s'épanouissent ces hommes- roseaux, ces femmes-fruits, sa faune aérienne mêlant fleurs et papillons, ses cieux délavés que n'altère nul souci.
Dans cet Eden qui rappelle "La vie antérieure" ou "Parfum exotique" de Baudelaire, une sensualité édénique se déploie et ouvre les portes extrêmes-orientales du rêve ou du souvenir. Alors puisque la Micronésie de Jacoulet est désormais "un univers flottant" devenu très fréquentable, cédons avec délice à cette invitation au voyage...















samedi 15 juin 2013

UN MARIN SUR SA RESERVE







A Ulric G.



Ulric, nul oeil des mers n’a mesuré l’abîme,
Ni les hérons plongeurs, ni les vieux matelots.
Le soleil vient briser ses rayons sur leur cime,
Comme un soldat vaincu brise ses javelots.
Ainsi, nul oeil, Ulric, n’a pénétré les ondes
De tes douleurs sans borne, ange du ciel tombé.
Tu portes dans ta tête et dans ton coeur deux mondes,
Quand le soir, près de moi, tu vas triste et courbé.
Mais laisse-moi du moins regarder dans ton âme,
Comme un enfant craintif se penche sur les eaux ;
Toi si plein, front pâli sous des baisers de femme,
Moi si jeune, enviant ta blessure et tes maux.
Alfred de Musset




Photographies Sébastien Paul Lucien

lundi 10 juin 2013

LEONOR FINI



Les "chatteries" existentielles et picturales de cette féline italienne née en Argentine ont leurs limites et n'ont pas toujours la grâce de me charmer. Cette confusion entre l'oeuvre et la vie sent souvent la pose même si je conçois que l'art de la représentation puisse déborder de la toile. 
Toutefois je suis sensible à l'atmosphère bizarre et à la sensualité débridée de certaines de ses créations. Son goût du masque, de la parure et de la nudité théâtralisée confine à un fétichisme visuel qui trouve parfaitement sa place dans le mouvement surréaliste, mouvement en fait si figé dans ses diktats et son sectarisme que la sphinge sauvage jamais ne s'y laissa prendre. 
Photographiée par Brassaï  au bal des Noailles, ou réfugiée en Corse dans son monastère en ruines, travestie de costumes vénitiens ou nue parmi ses théories de chats, elle ne doit pas nous faire oublier son immense travail de peintre. Son culte du beau et de l'étrange nous invite à nous laisser glisser avec délice dans cet univers si personnel entre onirisme et fantastique.