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mardi 8 décembre 2009

LA MARIEE ETAIT EN NOIR



Une femme veut se venger du meurtre de son mari tué le jour de ses noces sur le parvis de l'église par une balle perdue. Elle retrouve un après l'autre les hommes impliqués dans cette affaire et les assasine froidement. Sur cet argument à la fois criminel et passionnel, Truffaut construit un film à séquences autour de Jeanne Moreau , incarnant une figure de la Némesis aux visages multiples.



Elle devient ainsi la femme fantasmée de chacun des hommes qu'elle poursuit, la maîtresse rêvée du cavaleur, la femme inaccessible du romantique, l'institutrice dévouée du père de famille, la putain du voyou, la muse du peintre ... Une occasion parfaite pour Truffaut de mêler une intrigue sombre à la Hitchcock à une célébration de l'éternel féminin.


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Les références à Cocteau sont aussi très présentes avec la figure de la Mort, la princesse chic aux gants de clinicienne d'"Orphée" qui s'éprend un peu de ses victimes, ou encore la Diane chasseresse qui lance sa flèche sur sa cible masculine comme dans "La Belle et la Bête".


Jeanne Moreau est toutes les femmes à la fois mais avant tout, une femme qui aime, une Antigone obsédée par une justice transcendant la médiocrité dans laquelle ces hommes se sont évadés.




"Il n'y a pas de pessimistes ni d'optimistes, il n'y a que des imbéciles heureux ou des imbéciles tristes."



Un montage original "remastérisé"!

http://www.youtube.com/watch?v=DspC6W6siVE&feature=related

mercredi 11 novembre 2009

COMME UN TRAIN DANS LA NUIT AMERICAINE



J'avais oublié que Jaqueline Bisset était si belle. Pas étonnant que Truffaut ait réussi à la séduire comme ce fut le cas pour Moreau, Pisier, Alexandra Stewart, Deneuve, Ardant et tant d'autres.

Et je reconnais que JP Léaud sait parfois être plus attachant qu'irritant.



Dans cette scène, on trouve un magnifique téléphone blanc avec lequel Antoine informe le mari de sa maîtresse qu'il a couché avec elle! Truffaut qui, à ses débuts comme critique féroce aux Cahiers du cinéma, dénonçait les films de qualité française comme "des films conventionnels et artificiels où apparaissent toujours des téléphones blancs", a dû choisir celui-ci exprès, ironiquement, ou commettre un lapsus de mise en scène qui en dit long sur le cinéaste plus "classique" qu'il était devenu.

On peut reprocher ce qu'on veut à Truffaut, mais il avait vraiment le sens de la bonne scène et de la juste réplique:

"La vie privée elle est boîteuse pour tout le monde, les films sont plus harmonieux que la vie. Il n'y a pas d'embouteillages dans les films, il n'y a pas de temps mort, tu comprends, les films avancent comme des trains dans la nuit."

vendredi 6 novembre 2009

"LA VIE, C'ETAIT L'ECRAN"



Plongé depuis trois mois dans des biographies (Sagan, Visconti...) je viens d'achever celle de François Truffaut par de Baecque et Toubiana. J'aime le cinéma de Truffaut comme tout le monde, car c'est un cinéma si égoïste, si personnel, si centré sur la vie et les obsessions du réalisateur qu'il en devient forcément universel. Chacun y reconnaît une part de son enfance, de ses amours, de ses angoisses et de ses combats. On a beau finir par trouver cet enfant terrible de la nouvelle vague un peu trop "conventionnel ou académique" on se trompe. Sa biographie révèle son caractère irréductiblement indépendant et solitaire, son sens aigu de l'exclusion et de l'exclusif, dans ses choix artistiques et sa façon de penser et de vivre.



Comme toujours la lecture d'une biographie révèle les aspects insupportables de l'indivivu, les tics, manies, humeurs, les travers dont nous sommes tous constitués et qui contrastent tant avec "la qualité d'âme" qui émane des oeuvres. L'art on le sait,est justement conçu pour transcender les petites misères de nos petites personnes et Truffaut sur ce plan a parfaitement réussi à restituer le meilleur de la vie à l'écran.Et par le meilleur, j'entends le plus intense, le plus vibrant, le plus sincère, l'essentiel. Certaines scènes d' Adèle H, L'enfant sauvage,Vivement dimanche, me bouleversent à chaque fois que ce soit pour le fond ou la forme. L'oeil qui guide la caméra y est si avide d'émotions et de proximité, les répliques ou la voix-off si marquées par ce faux naturel emprunté à la littérature, que le vrai est finalement atteint et restitué sur la peliculle.



Je ne résiste pas au plaisir de citer le si célèbre dialogue qui suit extrait de Le dernier Métro entre Depardieu et Deneuve:



"-Je viens à l'amour et j'ai mal. Est-ce que l'amour fait mal?
-Oui l'amour fait mal. Comme les grands oiseaux rapaces, il plane au-dessus de nous, il s'immobilise et nous menace. Mais cette menace peut-être aussi une promesse de bonheur. Tu es belle Elena, si belle que te regarder est une souffrance.
-Hier tu disais que c'était une joie!
-C'est une joie et c'est une souffrance."


Ce mélange de simplicité et de poésie un peu convenue n'est-il pourtant pas d'une efficacité redoutable quant il s'agit d'expliquer le sentiment le plus complexe et inconvenant qu'est l'amour?

On apprend de jolies choses à la lecture de cette biographie: la complicité avec Cocteau, le rôle paternel avec Léaud, la fascination pour le visage d'Adjani, le projet inabouti d'un film écrit avec Milan Kundera...



Mais je suis de nouveau assez terrifié quand je lis à quel point Truffaut était insatisfait de la plupart de ses tournages et déçu par ses oeuvres. Le bonheur n'accompagne que très rarement le processus créatif chez les vrais artistes: doutes, douleurs,frustrations, amertumes, tentations de renoncement ponctuent souvent le chemin de la création. Alors que les films de Truffaut nous émeuvent et nous réjouissent si pleinement, il est triste de constater qu'ils ont été accomplis par un homme si peu souvent heureux et à l'inconsolable mélancolie.