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vendredi 19 août 2011

LE TEMPS RETROUVE




Un hommage en images à Raul Ruiz, le cinéaste franco-chilien décédé hier, si passionné et si subtil qui est un des seuls à avoir su retranscrire l'univers et la sensibilité de Proust."Le temps retrouvé" est un film d'amour et de révérence à une oeuvre intraduisible en langage cinématographique, Visconti l'a bien su. Mais Ruiz, par la fluidité des séquences et l'entrelacement des thèmes et motifs majeurs, a su rendre l'esprit et la grâce du roman. Son narrateur est magnifiquement choisi et dirigé et même si les audaces du casting sont parfois discutables, on retient quelques scènes d'anthologie très réussies : sur la plage de Balbec, au bal de têtes, durant la sonate de Vinteuil.






La lanterne magique de Ruiz qui se promène dans l'oeuvre de Proust aurait pu être aussi celle que le petit Marcel projetait sur les murs de sa chambre à Combray.

Paix à un poète de l'écran qui a retrouvé le Temps.



vendredi 16 octobre 2009

ALIDA VALLI E SENSO MA NON TROPPO



SENSO de Luchino Visconti, l'exemple du mélodrame flamboyant ( sous fond de vaudeville très Mme Bovary chez les nobles italiens). L'académisme et l'esprit décadent sont au service de l'histoire, de la description psychologique et de l'esthétique générale. Le travail des décorateurs, accessoiristes, costumiers, dirigés par le goût impeccable de Visconti est saisi par une photographie très picturale qui confère à cette oeuvre une beauté spectaculaire et inquiètante. On note la participation de Tennessee Williams et Paul bowles aux dialogues en anglais!



Le teatrum, opera mundi, si cher à Luchino qui a grandi dans le rouge et or de la Scala et a monté des opéras dans les théâtres les plus prestigieux d'Europe. C'est au théâtre que la Comtesse Serpieri fait la connaissance du bel officier autrichien, Malher, du nom d'un des compositeurs préférés du réalisateur ( repris dans Mort à Venise).Ce soir-là, à la Fenice à Venise on joue Le Trouvère de Verdi qui remet en jeu l'affrontement Italie/autriche dans un jeu de miroirs très viscontien.



Alida Valli, la diva tragique des années 50 trouve ici un rôle à sa démesure. Sa décadence est vécue sur un mode mélodramatique, genre auquel Visconti s'abandonne avec délice. La figure maternelle du cinéaste milanais est parfaitement évoquée à travers l'allure altière et les voilettes dont est parée cette femme sublime, qui si elle dissimule son visage sous la tulle, met son coeur à nu et expose sa condition à toutes les imprudences de la passion.








Le raffinement de certains plans est sidérant! Le décor se charge d'une fonction hautement ornementale mais toujours très symbolique: réflection de l'objet de la passion dans une rêverie de bibelots de porcelaine vite brisée. Malher, officier décoratif se confond avec le mobilier,fantaisie allemande d'une reine d'Italie... Fantasme et fantôme d'une hallucination érotique il se confond avec les miroirs du narcissisme de la comtesse, fascination mortifère qui l'engloutira.









Cacher son amant dans le silo à grains, celui-là même qui vient comme un rat lui soutirer de l'argent... Frustration, arrivisme, lutte des classes et lutte des désirs, les transgressions seront fatales aux deux protagonistes et chacun mourra fusillé par sa disgrâce.



Farley Granger, le bellâtre veule et opportuniste. L'acteur joue avec un cynisme assez convaincant mais rarement nous le voyons tel que la comtesse devait le voir: une crapule en uniforme, "un beau salaud oui mais un si beau salaud."

lundi 12 octobre 2009

LA PASSION VISCONTI



Je viens d'achever la longue lecture de la biographie de 600 pages que l'excellente Laurence Schifano a consacré au maître Luchino Visconti. Un travail remarquable de précision documentaire et réflexion sur l'homme, l'oeuvre, l'époque, les milieux sociaux et artistiques.J'y découvre le Visconti prodigieux, prince et esthète mégalomane et tyrannique aux engagements politiques et artistiques viscéraux mais sujets à évolution, ce qui ne fut pas le cas de beaucoup de ses contemporains. La quantité de connaissances et dons accumulés en un seul homme jointe à une énergie titanesque, à un esprit toujours visionnaire et indépendant, forcent l'admiration.



Quant au Luchino intime, il s'y révèle sombre, lucide, cruel, violent dans ses attachements et ses condamnations. L'homme dépeint par Schifano, qui ne fait que recueillir les propos de ses proches, provoque plus souvent le rejet qu'autre chose: un bourreau de lui-même et des autres qu'il jouit de piétiner "ig-noblement" dans un processus de perfectionnisme ou la sublimation conduit à la grâce furtive et à la destruction assurée.
Son élitisme moral et artistique le condamna à un culte du grand et "stronger than life" dont nous pouvons nous repaître dans ses films avec fascination mais qui devait le rendre invivable à lui-même et à tous. Bref comme toujours l'oeuvre est ce qu'il faudra retenir d'une existence consummée par les passions de tous ordres. Visconti était un monstre, un prince, un guépard... et il ne reste aujourd'hui plus que des hyènes et des chacals.



"L'érotisme chez Visconti, balance entre la sacralisation et la profanation, entre l'exaltation et le saccage, il est tout à la fois la manifestation vibrante de la vie et la suggestion de la mort omniprésente, il est d'abord cruauté et vertigineux péril. Et la beauté suscite, non pas seulement l'adoration idolâtre, mais aussi le geste de la profanation mortifère."
Laurence Schifano, VISCONTI une vie exposée

vendredi 25 septembre 2009

APARECIDA



" Que pouvait-elle désirer? La fortune, la haute naissance, l'esprit, la beauté, à ce qu'on disait et à ce qu'elle croyait, tout avait été accumulé sur elle par les mains du hasard..."
STENDHAL Le Rouge et le noir

vendredi 18 septembre 2009

VIOLENCE ET PASSION


"Ce que je cherche à dire c'est que si un homme âgé essaie de se rapprocher de jeunes gens comme s'ils étaient ses enfants, cela ne peut pas fonctionner parce qu'ils ne se comprendront jamais. A un moment donné Lietta, l'adolescente, demande au professeur ''Mais que faisiez-vous quand vous étiez jeune? Ce que nous faisons, nous, maintenant ?'' et il répond ''Surtout pas! j'ai étudié, j'ai voyagé, je me suis marié, et mon mariage a été un échec. Soudain, j'ai ouvert les yeux et je me suis trouvé au milieu d'un monde dont je n'arrive même pas à comprendre la signification''.

En fait, il souffre de sa solitude et il comprend qu'il s'est trompé. Il s'est refermé sur lui-même parce qu'il a peur de voir les problèmes des autres devenir les siens et finir par le submerger. Il préfère s'occuper des leurres qu'ont laissées les hommes plutôt que des hommes eux-mêmes."

VISCONTI Entretiens

vendredi 4 septembre 2009

KILLING AN ARAB



Tel est le titre d'un album de the Cures inspiré de "L'étranger" de Camus. De ce roman magnifique Visconti tira un adaptation cinématographique qu'il renonça à diffuser, suite à des démêlés avec la production, des dissensions avec la famille de l'écrivain et une certaine amertume à ne pas avoir obtenu Delon pour le rôle principal.Ceux qui ont vu le film trouveront pourtant que Marcelo Mastroiani est un Meursault très convainquant et que la reconstitution de l'Alger coloniale est toute empreinte d'un charme néo-réaliste qui coincide bien avec l'esthétique du Visconti des débuts. Par ailleurs Anna Karena y campe une Marie Cardona irrésistible.



Les scènes sur la plage, d'amour ou d'assassinat, sont d'une grande beauté tragique et solaire dignes du Camus du splendide "Noces à Tipasa". Certes la seconde partie du film repose sur des scènes de prison et de tribunal qui obscurcissent et alourdissent l'ensemble. Quant au choix de la victime, l'arabe, on y reconnait le talent particulier de Visconti pour le casting... Quel dommage d'achever aussi vite un si séduisant rival!

lundi 6 avril 2009

LA MORT A VENISE


"Seuls ceux qui sont voués à une éternelle bohème trouveront fade et souriront de voir un beau talent échapper au libertinage, passer de la chrysalide à l'être accompli, ne plus consentir au laisser-aller de l'esprit, estimer la tenue, la trouver expressive, s'enfermer dans une aristocratique solitude et y livrer sans secours le douloureux, le farouche combat."
Thomas Mann

mardi 7 octobre 2008

GATTOPARDO

En ce moment je suis cerné par les tigres, borgésiens ou lampedusiens!La lecture de "Le guépard" de Lampedusa a été le choc romanesque de la saison. Voilà l'unique roman d'un aristocrate épris de littérature qui attend ses dernières années pour écrire son oeuvre et meurt sans l'avoir vu publiée, mais avec l'apaisement de l'artiste qui a accouché de son morceau d'éternité. Le roman ressemble à un des ces grands palais siciliens où l'action se situe, immense, baroque, décadent, pompeux, grave malgré la frénésie sensuelle qui le parcourt. Mysticisme, désenchantement de l'histoire, choc des classes sociales et des corps embrasés... L'écriture y est sauvagement libérée dans tous ses excés de lyrisme flamboyant, d'ironie cruelle, de quête de lucidité finale. Le film de Visconti visionné aprés la lecture semble presque pâle, empesé et trop révérent, à côté de la fulgurances de certaines pages de Lampedusa, comme celle de la visite des pièces inconnues du château par Tancredi et Angelica (Delon et Cardinale dans l'adaptation cinématographique) ou de la mort du vieux félin Salina. Bon je suis sévère et injuste, la seule vision de l' image ci-dessus suffit à élever le film à la hauteur du roman!