lundi 19 janvier 2009

LE GLANEUR


« Faire le choix du confort lorsqu’on a en soi une aspiration à la beauté, à la transcendance, à la poésie, et donc à l’inconnu, c’est se condamner bien plus qu’à l’ennui : c’est être à soi-même sa propre greffe et son propre rejet ». Jean Rouaud

MAMAN PROUST


Je découvre, tardivement et avec jubilation, le travail de l'essayiste Michel Schneider consacré à la mère de Marcel Proust et simplement intitulée "Maman". La réflexion est profonde, érudite, brillante, elle éclaire la complexe relation mère/fils sur tous les aspects, affectifs bien sûr, mais surtout littéraires. Les interactions entre le désir, la sexualité, l'art et la mort sont soulignées et décortiquées avec grand soin et une tendance psychanalysante parfois excessive même si l'ironie la tempère un peu. Proust a-t-il écrit grâce ou à cause de sa maman, ou encore malgré et voire contre elle? Ou tout cela à la fois? Au delà de la science proustienne dans laquelle évolue cet ouvrage, on trouve un éclairage très lucide sur ce qui fait la vocation littéraire, sur ce qui conduit à l'enfantement d'un artiste et d'une oeuvre.

Extraits:

"Qui écrivit la recherche? L'enfant, le "petit Marcel"? La mère en lui? Le trop talentueux adolescent habité d'un précoce désir d'écrire, le faiseur de jolies proses déjà considéré après dix ans de tâtonnements frivoles et de brillants échecs comme un raté pour n'avoir pas à trente sept ans publié un vrai livre? Ou bien par une sorte de mue inattendue, un être fort et dur qui à partir de 1908 et jusqu'à sa mort, sans désemparer, accomplit une euvre immense avec le même désir brutal que mettent les pères à posséder les mères jusqu'à ce que vie s'ensuive? car le vrai interdit venant de maman n'était pas d'être homosexuel, mais d'être écrivain."
"Maman, statue immuable ignorée du temps, visage jamais décrit, face échappant aux ravages de la vieillesse, perpétué par le désir infantile, jamais retrouvée parce que jamais perdue, maman est là."



dimanche 18 janvier 2009

A LA SOURCE



LA SORGUE
(extrait)
René Char


Rivière trop tôt partie, d'une traite, sans compagnon,
Donne aux enfants de mon pays le visage de ta passion.


Rivière où l'éclair finit et où commence ma maison,
Qui roule aux marches de l'oubli la rocaille de ma raison.

Rivière en toi est frisson, soleil anxiété.
Que chaque pauvre dans sa nuit fasse son pain de ta moisson.


in "La Fontaine narrative" issu de "Fureur et mystère", 1948.

LE DESESPOIR DES SINGES ET AUTRES BAGATELLES

Voilà un titre absolument digne de la mélancolie raffinée de Françoise Hardy que celui qu’elle donne à son autobiographie qui est en tête des ventes en France. Le désespoir des singes, c’est un arbre tropical fragile et épineux auquel nul ne peut grimper, métaphore des hommes de la vie de la chanteuse, insaisissables et inaccessibles. Les bagatelles sont les multiples anecdotes sur la famille, les amours, le milieu musical et artistique que l’éternelle adolescente boudeuse a récolté en plus de quarante de métier. Chacune de ces anecdotes permet de servir des réflexions douces-amères sur la vie, les êtres, les destinées, toutes traversées et soutenues par la morale à la fois fataliste ( théories astrologiques) et sceptique ( libre arbitre de l’artiste face au hasard) que Françoise Hardy en chanteuse « inspirée » au sens le plus transcendantal du terme applique à chaque événement.

Le livre est passionnant pour l’amateur de chansons ! Il retrace en effet les étapes de la carrière d’une artiste compliquée et souvent insatisfaite mais dont l’exigence professionnelle et le grand sens mélodique lui ont permis de créer de vraies perles dans cet univers falsifié du vedettariat.Il est étonnant de voir à quels combats artistiques la jeune Hardy a dû se livrer pour obtenir les arrangements et les mixages rêvés et combien de fois elle a échoué au point de ne plus pouvoir écouter des chansonnettes qu’elle estime gâchées alors qu’elles nous enchantent !

Pour l’aspect autobiographique il y a de quoi satisfaire les amateurs de drames pathétiques, et rebondissements sensationnels. Famille tordue (comme toutes), amours torturées et illusoires ( qui n’en n’a pas connues!), amitiés surprenantes et complexes (comme on les aime…) on trouve de tout chez Françoise et elle sait les analyser et les retourner dans tous les sens avec ironie et tendresse, parfois avec cruauté, parfois avec compassion, mais en gardant toujours ce regard plein de vitalité, cette attitude d’abandon et de non-résistance aux mouvements du temps qui est en fait une sorte de sagesse, de stoïcisme contemporain auquel elle nous invite.



Sur le plan de l’écriture, la lecture de l’ouvrage est aisée et toujours agréable. Une succession dynamique d’informations essentielles et de commentaires bien dilués donne un rythme et une fluidité à l’ensemble, comme dans une bonne chanson! La petite voix de l’interprète se fait bien entendre dans le choix minutieux des mots et le trottinement intelligent et musical des phrases. Je regrette cependant certaines ellipses, voulues au nom du respect de l’intimité, ou des silences (au nom de l’économie de l’œuvre ou de choix narratifs) sur certains aspects de cette existence. Ainsi suis-je toujours curieux d’une analyse plus précise de ce basculement vertigineux de l’anonymat à la gloire qui fut fulgurant pour l’adolescente qui vendit en 6 mois un million de 45 tours.
De même les confidences sur sa relation avec Dutronc ou d’autres, s’arrêtent toujours au bord de l’impudeur là où une Annie Ernaux aurait été creusé avec une implacable indécence. Mais la so chic Hardy a le sens des jardins secrets, ce qui est rare à notre époque, alors on aurait aimé voir comment ses belles qualités d’écrivain auraient exploré avec plus d’audace et de détermination un terrain qu’elle a préféré préservé au nom du respect pour les êtres chers.
Itinéraire d’une vie singulière, chronique artistique très riche, réflexion lucide et apaisante sur l’existence, l’œuvre est un peu de tout cela et « tant de belles choses encore »…


vendredi 16 janvier 2009

REVERIES STAMBOULIOTES BIS






TERRE LOINTAINE


Découverte tardive mais heureuse du film de Walter Salles " Terra estrangeira".
Du Brésil au Portugal, la dérive anxieuse d'un jeune exilé admirablement joué par Fernando Alvares Pinto. La chanson de Gal Costa "Vapor barato" souligne la mélancolie et la folie de cette quête de soi à travers les frontières géographiques ou morales.
http://www.youtube.com/watch?v=qY3HeVK6m6I&feature=related

Une réalisation magnifique photographiée par le chef opérateur Walter Carvalho à qui l'on doit d'autres images sublimes chez Salles ou Almodovar.
A noter dans le film la présence de Maria Joao chantant un fado d'Amalia, à sa manière!
http://www.youtube.com/watch?v=4fuNXx3qUEg