jeudi 29 janvier 2009

LE GLANEUR


"Je fus autrefois touché d'un puissant déplaisir selon ma complexion et encore plus que puissant ; je m'y fusse perdu à l'aventure si je m'en fusse fié à mes forces. Ayant besoin d'une véhémente diversion pour m'en distraire, je me fis, par art, amoureux, et par étude, à quoi l'âge m'aidait. L'amour me soulagea et me retira du mal qui m'était causé par l'amitié. Partout ailleurs de même : une aigre imagination me tient ; je trouve plus court, que de la dompter, la changer ; je lui en substitue, si je ne puis une contraire, au moins une autre. Toujours la variation soulage, dissout et dissipe. Si je ne puis la combattre, je lui échappe, et en la fuyant je fourvoie, je ruse ; muant de lieu, d'occupation, de compagnie, je me sauve dans la presse d'autres amusements et pensées, où elle perd ma trace et m'égare"


Montaigne Les Essais

Livre troisième

Chapitre IV "De la diversion"

VISIONS SUD-AMERICAINES


Martin Chambi est un photographe péruvien du début du XXème siècle auquel on doit un fonds documentaire unique sur son pays et son peuple. Au delà de sa vision anthropologique qui l'a conduit à immortaliser avant tout le monde les visages des paysans andins ou de la petite bourgeoisie locale, il est l'auteur d'images poétiques riches en contrastes et de magnifiques compositions.








Dans un autre style et plus près de nous, Alessandra Sanguinetti est une argentino-américaine qui s'est attachée dans un travail à long terme à retracer l'existence "pampesque" de deux adolescentes Guille et Belinda. La photographe frappée par les physionomies à la Gréco et Botero de ces deux cousines, leur a demandé de raconter leurs rêves, leurs songes, leurs délires de jeunes filles et les a mis en scène avec elles.




Le résultat a un charme bouleversant : onirisme, tendresse, sensualité, naïveté... C'est à la fois un témoignage hyper-réaliste à la manière du nuevo cine argentino ( Lucrecia Martel) qui met en valeur la grandeur du paysage argentin et l'humilité de la vie provinciale mais aussi une fantasmagorie délicate et troublante sur l'adolescence.

mercredi 28 janvier 2009

SOMBRE MELO


J'adore Demy et "Une chambre en ville" m'avait marqué à la télévision dans les années 80. J'en garde des images fortes: Dominique sanda nue sous son vison, Darrieux picolant en chantant" tu me prends vraiment pour une conne!", Piccoli et son coup de rasoir très réussi, Berry charmeur et les manifs à Nantes "flicaille, racaille!"... Tout cela je l'ai retrouvé intact et c'est avec plaisir que le film s'est enchassé dans l'oeuvre du cinéaste que je connais un peu mieux à présent.
En effet cet opus sombre, désespéré, violent et asphyxiant comme les gaz lacrymogènes qui envahissent les rues de la ville est une sorte de somme des obsessions de Demy portées à leur paroxysme. L'obsession lyrique tout d'abord se fait ici radicale avec ces dialogues chantés sans interruption, entre mélodie discrète et récitatif permanent. Cela nous maintient à la frontière du réalisme (le film est extrêment politique et social) et de "l'en-chantement" cher au réalisateur. Obsessions thématiques aussi avec le rapport conflictuel fille-mère, la déchéance sociale, l'amour trompé et impossible, la violence des passions, et le bonheur idyllique ( dirait Varda) aussitôt contrarié.


Tout cela est profondément tragique et sans issue comme chez Sophocle ou Racine ( à la sauce mélo!) et permet de libérer la parole et d'accomplir le destin de chaque personnage. Obsessions stylistiques enfin avec en vrac : les chambres d'hôtel à la Lola, les peaux de bêtes (âne ou vison), les boutiques et les intérieurs soignés style bon bourgeois ou gentil prolétaire, les bourgeoises attachées à leurs meubles, les jeunes hommes happés par le monde, les vierges abandonnées... et on aperçoit même des matelots qui traînent dans un parc!.. C'est qu'avec Demy on pénètre dans une oeuvre totale, un univers clos vivant de ses propres références et de leurs incessantes variations.
Un univers auquel beaucoup sont du reste réfractaires : ils ne passent pas la barrière du jeu chanté qui n'est en fait qu'un sésame-ouvre-toi, un test d'initiation extraordinairement efficace ou répulsif mais qui enchantent doublement les spectateurs qui s'y abandonnent.



mardi 27 janvier 2009

LE PRINCE FRIVOLE


Le documentaire consacré à Karl Lagerfeld est funestement intitulé "Lagerfeld confidentiel" et évidemment c'est au mondain orné de ses multiples masques et parures de toutes espèces que nous avons affaire, sans jamais croiser l'ombre de la moindre confidence possible.
Le film sur le plan de la réalisation est pitoyable: images floues, sombres, tremblantes telles qu'un amateur n'oserait les montrer, (mais on dira que ce négligé, c'est un effet de style!) musique écrasante et grandiloquente, plans séquences ennuyeux et truffés de clichés ( tempête, crépuscule, aéroport...) interview ( on n'ose utiliser le mot entretien) d'une platitude navrante avec une incapacité à formuler correctement ou intégralement une question ( et quelles questions!) aucune ligne conductrice, aucun moment émouvant, aucune révélation. S'il fallait relever un moment significatif et valable du reportage ce serait lorsque le réalisateur pénètre dans les WC de sa majesté pour filmer l'amusante affiche collée au mur " Si tu pisses partout , t'es pas Chanel du tout". Voilà résumé en une formule,l'attrait pour l'anecdotique, le racoleur et le trivial qui caratérise l'ensemble. On se demande pourquoi le vieux singe Lagerfeld a choisi pareil ectoplasme pour l'accompagner et témoigner de son quotidien sinon de son improbable personne. Par narcissisme et cynisme? par désinvolture? qui est l'invité de ce dîner de cons?


Venons-en au personnage, car c'est bien en ces termes qu'il faut parler de Lagerfeld. Doué, brillant, subtil, pur produit d'une élite européenne sur-cultivée, on lui reconnait sa part de génie créatif, le génie de la mode, du changement, de l'art de l'éphémère si difficile à capter et à restituer. J'apprécie souvent sa répartie, ses formules lucides et catégoriques sur son métier et son milieu, ses "réflexions" pertinentes sur la morale et notre époque, bref, l'individu n'est pas déplaisant et il fait perdurer ces modèles de "grandes dames" disparues que furent Oscar Wilde, Montesquiou,Ludwig de Bavière ou Visconti ( ça c'est pour l'hommage!).




Mais contrairement à ses ancêtres de la haute, Lagerfeld renonçant au sacrifice de l'art, a choisi de se consacrer à la sculpture de lui-même pour accoucher d'une créature dont le look et le style serait toute la substance. Réduit à sa plus stricte imago, il excelle donc dans un monde comme le nôtre qui ne cultive que cela, le bal des apparences, l'ère du vide, l'hystérie du provisoire. Et je ne parle pas de l'opportunisme commercial du snob médiatique, de la prostitution chic de ses talents dans toutes les vitrines du mercantilisme et de la publicité. Lagerfeld peut vendre en toute sérenité son âme au diable car il ne croit ni à l'une ni à l'autre. Il se sublime et s'idéalise en patineur furtif et inconstant sur le papier glacé de notre époque. C'est une figure libre, éternellement improvisée et en cela je crois qu'il devient non plus un créateur mais un "work in progress" en personne. Son intelligence de rapace ne lui autorise que la vitesse et la capture de l'instantané. La sensibilité, la profondeur, la quête de transcendance sont restées en râde. C'est hélas avec cela qu'on peut prétendre avoir des confidences à faire. Karl le sait et en rit, les responsables du film ont été bernés. Et le spectateur aussi.


Un dernier point : KL se revendique photographe et il a la classe modeste de rajouter " de publicité"! Son oeil, sa culture, sa rapidité, son sens hyper pointu de l'esthétisme lui auraient permis en effet d'être un artiste photograhe intéressant. Mais il noie sa vélléité artistique dans le luxe : matériel dernier cri, studio immense, armada d'assistants, top models et décors somptueux... avec tout cet attirail difficile de rater un shoot! Mais la beauté est encore plus loin que sa simple apparence. Karl réussit parfois de magnifiques images (voir plus bas) mais l'essentiel de sa production reste comme sa personne: scintillante et anecdotique, celle d'un vieil enfant trop gâté.


LE GLANEUR


"Qui ne voit la vanité du monde est bien vain lui-même. Aussi qui ne la voit excepté de jeunes gens qui sont tous dans le bruit, dans le divertissement et la pensée de l'avenir? Mais ôtez leur divertissement, vous les verrez se sécher d'ennui. Ils sentent alorsl eur néant sans le connaître, car c'est bien être malheureux que d'être dans une tristesse insupportable aussitôt qu'on est réduit à se considérer, et à n'être point diverti."

PASCAL -Pensées Vanité/33

EDITH DE CAMARGO, paroles et musiques


Edith de Camargo est une auteur-compositrice et interprète suisse qui vit depuis douze ans au Brésil à Curitiba. Elle travaille sur la scène musicale et théâtrale du sud-est brésilien comme chanteuse, pianiste, accordéoniste, actrice et compositrice de bande son pour des œuvres théâtrales ou du cinéma documentaire.
Comme chanteuse son activité se divise d’une part entre le groupe musical Wandula dont elle est la fondatrice, la co-directrice musicale et la voix, et d’autre part sa pratique de chanteuse en solo.
Deux CD à ce jour composent son répertoire : Lila et Couleurs du temps ( que j'ai eu le plaisir de produire et dont j'ai signé les textes) , marqués par des tonalités intimistes, épurées et bohèmes.Edith chante en français, allemand, portugais et anglais. Elle s´accompagne elle-même au piano et à l’accordéon. La divulgation des ses opus a conduit Edith à se produire sur les scènes de Rio de Janeiro, São Paolo, Brasilia et Buenos-Aires, entre autres localités, dans le cadre également de nombreuses manifestations culturelles autour de la francophonie ( fête de la musique, jour de la francophonie, célébration de l’amitié franco-allemande, Semaine de l’Europe…)

Dans le domaine du théâtre contemporain, Edith s’est aussi fait un nom en tant que compositrice et actrice, notamment aux côté du célèbre acteur brésilien Luis Melo ou pour la création de la première mise en scène au Brésil d’une œuvre de Jean-Luc Lagarce « A peine le bout du monde » dont elle a signé la bande son originale.
Ces multiples activités ont valu à Edith une grande reconnaissance du public brésilien et plusieurs prix et récompenses de la critique locale, fait rare pour une artiste germanophone et francophone au Brésil ( Prix Saul trumpet parana de la meilleure compositrice et chanson 2002, prix Gralha Azul de la critique du Parana)

Entre août et septembre 2007, Edith s’est produite en Suisse à Lausanne et Saint-Gall accompagnée de musiciens locaux dans différents espaces artistiques.
En octobre 2007, le long-métrage « O filme da rainha » du réalisateur argentin Sergio Mercurio dont elle a signé la bande-son originale obtient le prix du public de la Mostra de Cinema International de Sao Paolo.
Novembre 2007 voit la sortie du dernier opus de la bande Wandula, un double CD intitulé « La récréation » dont Edith a composé et interprété la majorité des titres.
Le lancement sur la scène du SESC da Esquina est un grand succès auprès du public et de la critique qui consacre Wandula comme « le meilleur groupe musical indépendant du Brésil ».


Pour visiter son site Myspace cliquez sur le lien suivant:

http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendid=373261189

Pour connaître son groupe Wandula, voir les liens suivants:


http://www.wandula.com/http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewProfile&friendID=96917022
http://www.youtube.com/watch?v=gxM5rDGHGZo
http://www.youtube.com/watch?v=pXlKEC6OHVk&feature=related
http://www.youtube.com/watch?v=gWKQ3iYxDpohttp://www.youtube.com/watch?v=6Spr7VqLN2I&feature=related