dimanche 19 avril 2009

ENTRE LES MURS



C'est tardivement que je découvre dans la même semaine le livre de Begaudeau et le film du même nom de Laurent Cantet. Je voyais d'un oeil soupçonneux arriver jusqu'à moi, en Argentine, la vague d' enthousiasme et de critiques soulevée par les deux oeuvres.


Le livre m'a séduit tout d'abord par sa retenue, sa composition répétitive qui traduit bien l'usure produite par le système scolaire, le choix de ses échanges "oraux" transcrits avec perspicacité. Que penser du narrateur? est-il un désabusé incompétent, un résistant non purgé d'idéalisme, un type qui essaie simplement de faire face et qui y réussit ou pas? Un petit tour sur le net suffit pour se rendre compte de l'animosité que soulève le personnage Bégaudeau, qualifié d'opportuniste, de fossoyeur rusé qui s'érige aujourd'hui en écrivain-acteur de prestige trempant dans toutes les sauces médiatiques... peu m'importe. Le livre me paraît une excellente radiographie de notre école et de notre société malade et chaque spécialiste peut y aller de son diagnostic. Le mal est là, et il y a depuis longtemps quelque chose de pourri au royaume de l'éducation nationale.




Le film quant à lui, est très habilement réalisé par un Cantet expert en direction de (non-)acteurs et en analyste précis des problématiques sociales et culturelles. Le film est un bel outil pour la réflexion, la polémique, le débat. En tant qu'enseignant il me semble "valable", tout simplement valable dans sa qualité de témoignage "particulier" et sans prétention à dogmatiser, juger, célébrer ou condamner. Valable aussi en tant que spectateur, car sur le plan cinématographique c'est un film qui captive et qui use de subterfuges de scénario et de dialogues d'une grande finesse et efficacité. Enfin émotionnellement, c'est un grand film qui nous fait partager des situations psychologiquement fortes et voire insoutenables, un film qui nous traverse par son (in)humanité. Après tout Cantet et Bégaudeau nous parlent de notre école, lieu par lequel nous sommes tous passés et sur lequel nous avons tous quelque chose à dire (même de non valable!) pour le moment présent et à venir.
Bouleversantes, certaines séquences finales: celle de la "pétasse" qui prétend lire Platon et fait l'éloge de ce Socrate qui vient questionner les gens et les perturber ( certes Bégaudeau se tricote un auto-éloge de première main!), bouleversante la mama africaine pleine de honte et de noblesse lors du renvoi de son fils, bouleversante la dernière élève à sortir pour confesser au prof épuisé que "cette année [elle] n'a rien appris, qu'elle n'a rien compris"...
Et nous qu'avons-nous compris?

samedi 11 avril 2009

QUELQUE CHOSE DE TENNESSEE


"Ce rêve en nous c'était son cri à lui", comme dirait Johnny! (ou référence plus sûre, Michel Berger). Alors qu' à Hollywood on "Trumancapotise" de tous côtés, je réaffirme ici en images la supériorité du vieux crocodile sudiste tant sur le plan théâtral que des nouvelles ou romans. Williams a tout dit de la fêlure et de la décomposition qui guettent les bonnes sociétés puritaines. Il a fait se craqueler le vil vernis de l'hypocrisie pour qu'apparaissent les nerfs, le sang, les organes de l'âme.

Pour évoquer la mémoire de ce grand poète américain il fallait un visage juvénile et passionné sorti des faubourgs de Buenos-Aires. Le voici:





Il porte les prénoms de certains personnages de Tennessee, tous intenses, séduisants et promis à la perte. Jeu de pistes: retrouvez les références pour chaque photo .... et il y a même un intrus!

mardi 7 avril 2009

LE PARADOXE DE MARGUERITE


Pour les amateurs, dans les liens qui suivent, une entrevue rare de Marguerite Yourcenar en trois étapes intitulée "Le paradoxe de l'écrivain". Pour le plaisir d'écouter la voix noble et élégante de la dame du Maine avec "attention". Une leçon de littérature et de vie.




lundi 6 avril 2009

LA MORT A VENISE


"Seuls ceux qui sont voués à une éternelle bohème trouveront fade et souriront de voir un beau talent échapper au libertinage, passer de la chrysalide à l'être accompli, ne plus consentir au laisser-aller de l'esprit, estimer la tenue, la trouver expressive, s'enfermer dans une aristocratique solitude et y livrer sans secours le douloureux, le farouche combat."
Thomas Mann

samedi 4 avril 2009

ICONOGRAPHIE ROMANTIQUE


Quand l'actrice française la plus romantique du 20ème siècle rencontre le roman emblématique de la génération de 1830, on est en droit de s'attendre à un choc des titans. Rien de cela avec l'adaptation cinéma de "Adolphe"que Benoit Jacquot réalisa en 2004 avec Isabelle Adjani dans le rôle de Ellénore. Qui mieux que celle qui donna son visage inaltérable et sa voix déchirée à des héroïnes comme Adèle H ou Camille Claudel, pouvait habiter cette oeuvre consacrée à la passion sans issue, au sacrifice amoureux voué à l'échec et à la mort?




Sur ce plan Adjani s'impose avec l'éclat de son visage lunaire et de sa grâce aristocratique. Certes à 50 ans incarner une jeune femme de 30 relève de l'inconscience ou du miracle chirurgical, et Isabelle répond au deux avec génie. Si la sculpture de soi est une attitude romantique, Adjani en perfectionne l'art jusque dans ses traits. Jamais on n'avait vu depuis Garbo ou Dietrich pareil visage de statue. A cela, elle joint un talent d'interprétation que personne ne lui a jamais nié. Elle est la femme sublime, brisée, la figure passionnée et errante de l'amour fou, la muse mélancolique et un peu toquée sortie du rêve d'un Baudelaire. Qui reprocherait à une actrice d'être au bord de la ligne de la déraison quand précisement il s'agit dans cet office de l'interprétation, de s'alièner avec génie et transgresser les limites qui vous séparent d'un personnage. Adjani abolit ces frontières entre elle, dont l'existence regorge par elle-même de substance romantique ( mystère, beauté, décadence et intensité dans le don de soi) et les rôles qu'elle habite, ou mieux qu'elle hante.
Dans ce film de Jacquot aussi froid et lisse que les neiges de Pologne où l'action s'achève ( où est la flamme ardente des enfants du siècle?) Adjani est la seule qui captive et s'embrase progressivement pour atteindre des incandescences dans lesquelles on l'attend toujours et où elle fascine.


Cette silhouette de femme trahie qui erre dans des paysages glacées, qui trébuche sur des pavés gelés avec dans les yeux hagards ce miroitement de la souffrance amoureuse, c'est la poésie du 19ème siècle dans son essence même. Evidemment aujourd'hui ça fait sourire. Mais avec le temps toutes les passions ne semblent-elles pas définitivement risibles. Reste à savoir...




On oublie pas le joli Stanislas Merhar qui fait de son mieux à côté du monstre...

Insolite, la bande annonce pour le japon!

http://www.youtube.com/watch?v=d4FcTTIaKqI

vendredi 3 avril 2009

LA GLANEUSE DE LUMIERE


Buenos-Aires, vendredi 13H, salle comble de 500 personnes pour voir un film sur un petite vieille française qui raconte sa vie? On comprend mieux quand on sait que la vieille dame en question se nomme Agnès Varda et que ce film qui fait courir les cinéphiles du festival BAFICI est une autobiographie-puzzle sur sa belle vie de femme qui glane et tisse des images.

"Les plages d'Agnès" est un pur enchantement. Tout y est poésie, invention, finesse, sincérité. Elle est là sur ses plages de Belgique, Sète ou Noirmoutiers où elle a marché sa vie, à reculons dans le film, et elle installe pour nous des miroirs dans le sable où se reflètent les étapes d'une vie consacrée aux autres, à les regarder, à les aimer, à les aider. La jeunesse de cette éternelle adolescente de 80 ans, fleurit dans chaque parole, chaque vision qu'elle nous propose, avec cet art naïf du bricolage, cet artisanat de l'amateure subtile qui est une vraie leçon pour tous les jeunes artistes contemporains. Avec Agnès tout déborde de vie, de couleurs, de sens et d'émotions. La pensée est sans cesse en mouvement, entre présent et passé, art et existence, soi et le monde et toujours avec ce regard mélancolique et décalé, cette folie douce qui raisonne durement.

C'est un bonheur de l'accompagner à rebours dans cet itinéraire si humain et si prestigieux quand on réfléchit aux artistes qu'elle a croisés: Jean Vilar pour lequel elle immortalisa l'aventure légendaire du TNP en Avignon, Calder auquel elle emprunta cet art de la légèreté, tous ces acteurs avec lesquels elle débuta, Depardieu, Bonnaire, Corinne Marchand, Piccoli... et surtout les équipes de cinéma, script, techniciens, décorateurs, tous filmés avec affection et respect pour ne pas oublier que le cinéma est une affaire de famille.

La famille, grande idée du film, concept large et éclaté, réalité généreuse et chaleureuse comme un grand patchwork. Parents disparus réssucités ou réinventés par l'art quand la mémoire s'éparpille, enfants naturels ou reconnus qui sont comme ces filets que l'on "maille" à la Pointe-Courte, titre du premier film d'Agnès sur les marins de Sète.




Et puis l'amour, du cinéma bien sûr, mais surtout de la vie, et d'un homme de sa vie et du cinéma réunis, Jacques Demy, fantôme lunaire et lumineux qui hante le coeur de ce film -testament ( d'Orphée ou d'Eurydice?). Si tout poème est une déclaration d'amour à quelqu'un ou à quelque chose, ce film est un doux "Mur mure" à l'enchanteur, une lamentation dans un sourire sur le regret de n'avoir pas pu vieillir et filmer ensemble. La "révélation" pudique du mal qui emporta le discret Demy, est aussi un manifeste pour la préservation de soi et la tolérance de ceux qui souffrent. Un secret de famille qu'il fallait laisser courir sur un grande plage au soleil et qui libère, avec des larmes et des sourires, comme le cinéma d'Agnès.


la bande annonce:




jeudi 2 avril 2009

CHOSES VUES UN JOUR FERIE DE PLUIE DANS UN PAYS EN DEUIL NATIONAL




Agustin Lazo "El hombre del las manos" MALBA expo Mexico 20ème siècle






Frida Kalho "Los frutos de la tierra" Malba Expo Mexico 20ème siècle







Manuel Alvarez Bravo, photographe mexicain, MALBA


Défilé de granaderos, cimetière de Recoleta, funérailles du président Raul Alfonsin