dimanche 3 mai 2009

ILLUMINATIONS



A ce titre d'une oeuvre de Rimbaud (qu'il faut prononcer à l'anglaise et entendre comme à la fois "images illuminées de couleurs" et "hallucinations mystiques") j'associe ici les merveilleuses gravures ou illustrations-textuelles enluminées du génial William Blake.
Une exceptionnelle exposition se déroule en son honneur au Petit Palais à Paris (que je ne pourrais voir qu'au bénéfice d'une heureuse prolongation!).

Graveur et poète innovateur, il passa pour fou aux yeux de ses contemporains alors qu'il n'était qu'un fulgurant "visionnaire du passé" revisitant les légendes bibliques et célébrant les énergies cosmiques se manifestant dans les éléménts (cieux tempêtueux, vagues de flammes, paysages rocheux et glacés...) ou dans les créatures les plus fantastiques (tigres, bêtes, titans...). Son goût pour le monstrueux et le raffiné le range du côté des romantiques, entre "sublime et grotesque".
"Mystique à l'état sauvage" comme Arthur, il synthétise toutes les influences poétiques, du classicisme au baroque, du romantisme au symbolisme, anticipant le surréalisme et tous les -ismes (isthmes?) de l'avant-garde de chaque siècle.
Ses images du reste peuvent fasciner les érudits comme les enfants et c'est bien là le signe d'un génie universel capable de nous bouleverser à travers les âges de la vie qu'il n'a cessé de saisir en images lumineuses.

vendredi 1 mai 2009

"LOLA DE VALENCIA" comme disait Baudelaire

Pérou

Si l'on dit platement que s'aimer "c'est regarder ensemble dans la même direction" être ami serait plutôt "partager le même regard sur le monde. C'est ce que je puis dire de Lola de Valencia avec qui je partage de trop rares mais toujours beaux moments d'amitié et de voyages. Pour faire connaître la "hermosura que es y las hermosuras que ve, esa mujer" je vous renvoie au lien de son blog de photographies qui est la seule chose réveillant en moi un sentiment indigne quand je pense à elle: l'envie!

Pour voyager et rêver avec le regard de ce bijou d'Espagne.





Croatie




Cadiz sous la pluie





Maroc

jeudi 30 avril 2009

UNE VOIX QUI S'EN VA, UNE VOIX QUI REVIENT



Je ne peux pas passer sous silence cette voix qui l'a rejoint définitivement. Macha Béranger, oiseau de nuit qui s'est au moins une fois posé sur l'épaule insomniaque de chacun, s'est envolé vers des sphères muettes. Outre le charme irrésistible et envoûtant des ses cordes vocales caressant les ondes nocturnes, c'est aussi le coeur de cette femme qu'il faut saluer ce soir, un coeur en forme d'oreille toujours tendue. Un coeur radiophonique où l'on collait notre oreille à nous comme à un beau coquillage pour y écouter les confidences des naufragés de la nuit. Pour moi la voix de Macha fut l'ensorcellement de mes étés d'adolescent solitaire. Parfois il m'arrivait de la retrouver au hasard des ondes et c'était comme retrouver une marraine lointaine mais toujours penchée sur les berceaux de ceux qui veulent qu'on les écoute. Adieu Macha.




Et bonjour Lhasa, avec son nouvel opus, attendu depuis 6 années, quelle paresseuse celle-là! Enfin vu les premiers extraits disponibles, on sent qu'elle a versé encore la tête la première dans la plus ténébreuse mélancolie. Ses mélodies, hélas uniquement en anglais sur cet album ( et notre Llorona? et notre petite poète de la culpabilité?) semblent être absolument déchirantes et sanglotantes. Tant mieux, on a bien besoin de quelques plaintes cathartiques en ce moment. A découvrir en intégralité plus tard...
Quand la revoir sur scène? et quand à Buenos-Aires elle qui traîne sa roulotte musicale de par le monde? Note d'espoir: elle a enregistré son album dans un hôtel de Montréal, port d'ancrage, qui s'appelle justement "Hotel2tango", signe prémonitoire d'une descente en terre australe? Rêvons...

le site officiel http://www.sendereando.com/

le clip de lancement avec une magnifique animation
http://www.youtube.com/watch?v=bw6_Ea8GHYQ






mercredi 29 avril 2009

ANGES OU DEMONS?

Pour clore le cycle photographique de ces deux mois, un visage oriental, asiatique, péruvien, exotique, un visage de petit tigre, d'ange du baroque colonial, de jeune sultan en hommage à Pierre Loti, ou le visage d'un garçon d'aujourd'hui.
Avec une photographie on voudrait fixer le privilège d'un instant, un instant volé où l'on peut croire à l'illusion du beau, au tremblé d'une émotion qui passe, aux radiations d'une pureté qui oscille entre l'ombre et la lumière. Avec ces images plus que jamais je verse dans la contemplation, la fascination pour les formes du monde, qui une fois dépouillé du vernis sublime dont je le recouvre, me fait horreur et pitié.



mardi 28 avril 2009

LES LIVRES SONT DES ORACLES


Suite à une petite crise d'amour-propre assez ridicule qui a fait resurgir ce que je croyais totalement épuisé en moi: l'ingénuité romantique et l'idéalisation des êtres, je m'empare d'un livre qui traîne près du lit et je l'ouvre à la page juste:


"Notre acharnement à bien faire dans un monde qui n'aime que le mal fait, à chercher un équilibre dans un onde qui veut perdre l'équilibre. Notre entêtement à rester honnêtes dans un monde malhonnête. Notre croyance dans un triomphe de la vérité en fin de compte. Renan dit: "Il se pourrait que la vérité fut triste". "

Jean Cocteau Le passé défini I

Evidement il s'agit de Jean mage et père spirituel depuis l'adolescence. Il suffit de se placer sous l'étoile d'un poète pour que les colères dérisoires se calment. Cette phrase attrapée au hasard du livre ouvert m'a parlé mieux qu'une autre en ce moment où mes repères sur moi et les autres vacillaient. Je range mon amertume et ma rage à l'endroit du monde et je m'entête, je m'acharne encore davantage à suivre ma ligne au milieu de tout ce qui me semble aller de travers.

dimanche 26 avril 2009

D'UNE HEDWIG A L'AUTRE



Surgi de la scène underground new-yorkaise, le show " Hedwig and the angry inch" porté par le performer et auteur John Cameron Mitchell est devenu un film musical culte. De l'Allemagne orientale au fin fond des Etats-Unis l'histoire d'Hedwig est celle d'un jeune garçon "mal opéré" qui essaie d'assumer une identité de chanteuse transgenre post-punk, néo-glam sur des scènes interlopes. Le génie ironique et la versatilité de John Cameron Mitchell avait permis aux spectateurs de survivre à cette vague de trash et de kitsch que charrie le scénario, porté par des chansons très poétiques ou très drôles comme "The origin of love" réinvention émouvante du mythe de l'hermaphrodite chez Platon.

Le clip extrait du film :http://www.youtube.com/watch?v=6UGaJBv6YSM


A Buenos-Aires, le musical est monté dans un club pseudo "bajo fundo " mais réellement "cheto", le Roxy avec en tête d'affiche une ex-recrue de la Star AC argentine, German Tripel qui n'a pas le gabarit d'une travesti chic et glam comme en témoigne l'affiche.





De plus le jeune homme ne semble pas adorer porter une perruque et un corset pendant une heure trente, vu qu'il transmet au public non pas une aura lascive et ambigüe mais plutôt un air de dire" Che, je joue les travelos parce que je suis un vrai pro, mais n'oublie pas que j'chuis macho". Bref qu'il laisse ses talons aiguilles à d'autres interprètes plus chevronnés. Sa belle voix et sa présence scénique sauvent certes un peu l'affaire, mais quand il s'agit de déverser des anecdotes pleines de fiel et d'acidité, le beau German piétine en terrain inconnu... Hélas tout le charme de cette histoire déjantée tient en cela. On aurait préféré une vraie travestie bien destroy et péroxydée pour tenir un pareil rôle, Susana Gimenez par exemple, mais côté voix (aussi!) c'est un désastre.

samedi 25 avril 2009

TROIS VOIX PERDUES


"Mais où sont les belles dames d'antan?"
Dans les années 70 et 80 trois chanteuses ont incarné l'âme douloureuse et révoltée d'une certaine chanson française: Colette Magny, Mama Béa Tekielvski et Catherine Ribeiro. Toutes les trois douées de voix profondes et brisées constituaient une sorte de lignée féminine du Blues national. Les textes qu'elles signaient, parlaient d'idéalisme et de désespoir avec la même rage et étaient tous imprégnés d'un réalisme poétique qui pouvait toucher un large public, comme ce fut le cas avec le cultissime "Melocoton" de Magny. Une chanson naïve et bouleversante, écrite avec trois mots deux notes, (c'est nécessaire et suffisant pour une grande chanson) que le vibrato de Colette rend inoubliable.




Etoiles filantes et vite consummées, leurs trajectoires entre ombres et lumières témoignent aussi de la difficulté à chanter sa vérité dans un monde aussi frelaté que le show-biz. Mais aussi comment rester fidèle à un art aussi vulnérable que celui qui repose dans la voix de femmes malmenées par l'existence ou qui, c'est hélas probablement plus juste, ont malmené leur vie et leur carrière? C'est égal, car ce qui fait figure d'échec aux yeux du grand public, les pare en vérité de l' aura sombre de "celles qui avaient tout pour devenir des grandes" et qui sont demeurées des "passantes considérables" dans une bohème et une perdition toutes aussi rimbaldiennes que leur lyrisme exacerbé.
Ma découverte de Catherine Ribeiro et de son groupe Alpes remonte au début des années 90 quand la grande dame piquait des crises de folie avec les reporters de Paris-Match qui en faisaient trois pages à sensation dans le magazine. Qu'importe cette folie si cette folie se chante sur des titres comme "Elles" ou "Le manque". Le dernier concert de Ribeiro date de 2007 à Palaiseau comme on le voit dans le lien suivant où la grande Catherine n'a rien perdu de sa grâce inquiéte et torturée.




Avec Mama Béa Tekielsvki,( qui fait ici la une d'un magazine spécialisé au-dessus des grands Ferré et Regianni, ce n'est pas peu dire!) me reviennent des souvenirs de mon enfance à Avignon, dont cette anti-Mireille Matthieu est originaire. Mon père avait croisé les deux ( séparement!) dans sa jeunesse, la diva des bas-fonds avait été la meilleure amie de ma prof de théâtre et j'avais eu l'idée folle d'organiser leurs retrouvailles à la faveur de la première de notre spectacle scolaire! Je n'avais trouvé rien de mieux que d'écrire à Mama Béa pour lui demander d'apparaître en invitée surprise avec un bouquet de fleurs pour notre prof à la fin de la représentation. Après avoir reçu un coup de fil de la chanteuse en plein repas de famille, celle-ci préféra organiser une rencontre après son récital au festival Off d'Avignon. J'eus ainsi le plaisir de manger indien avec l'auteure de "les pissenlits" et de "Visages" deux bijoux que je vous propose d'écouter sur Youtube.




Plus d'infos sur le site officiel: http://www.mamabea.fr/accueil.html

C'est navrant que de pareilles artistes disparaissent de notre horizon musical et que tout soit dominé par le règne des paillettes et de la féminité factice (Zazie, Olivia Ruiz, Rose, Clarika et tutte quante). Les femmes aux voix de bébés, Ok jusqu'à 20 ans... mais ce qu'on attend vraiment c'est d'entendre les hurlements de vraies sorcières qui savent ce que c'est que d'enchanter.