vendredi 6 novembre 2009

AMOUREUX SOLITAIRES



A la mémoire de Jacno, compagnon d'Elli Medeiros, pionnier du punk français, parolier de Lio, producteur de Daho. Une de mes idoles d'enfance! parce qu'il jouait des synthés debout pendant que la fille chantait:

"Main dans la main
On se promène
Les gens se moquent
Car ça les gêne
"




Quand les jeunes dandies du début des années 80 commencent à partir en fumée, on peut commencer à s'inquièter... ça sent le roussi.

"Et toi, dis-moi que tu m'aimes
Même si c'est un mensonge
Puisque je sais que tu mens
la vie est si triste
Dis-moi que tu m'aimes
Oublions tout nous-mêmes
J'ai besoin de romance
"

LA ABANDONE Y YO SABIA



"La abandoné y no sabía
de que la estaba queriendo
y desde que ella se fué
siento truncada mi fe
que va muriendo, muriendo...
La abandoné y no sabía
que el corazón me engañaba
y hoy que la vengo a buscar
ya no la puedo encontrar...
"

Letra y música: José Canet
Año: 1944

MISS ARGENTINA



Quand on vit en Argentine on est sensé lire ou relire ses classiques : Borges, Cortazar, Puig... pourquoi pas? Mais Quino sans aucun doute et sa géniale Mafalda. Cette petite fille et son globe terrestre qu'elle interroge avec cette ingénuité de l'enfance a justement fait le tour du globe sur les ailes de la renommée. On a tous appris à parler en espagnol en lisant ses aventures domestiques. Lire jour après jour et sur le terrain,en langue vernaculaire le volume immense TODA MAFALDA qui couvre l'intégralité de l'oeuvre mafaldesque est une série de bonheurs furtifs qu'on voudrait renouveler à l'infini.



Outre la force de l'ironie politique qui l'a rendue célèbre, c'est la tendresse et la finesse d'observation qui a retenu mon attention dans chaque vignette.L'invention éclate à chaque trait, l'humour et le jeu dans chaque réplique et on ne finira jamais de savourer la pertinence de l'analyse psychologique et même la dimension philosophique que QUINO distille dans les bons mots et les grimacesdela chiquita y su banda de amigos.
Mafalda rend plus intelligent, plus tendre, plus exigeant, plus naïf, plus lucide, plus révolté, plus sage... en un mot Mafalda rend plus enfant.

"LA VIE, C'ETAIT L'ECRAN"



Plongé depuis trois mois dans des biographies (Sagan, Visconti...) je viens d'achever celle de François Truffaut par de Baecque et Toubiana. J'aime le cinéma de Truffaut comme tout le monde, car c'est un cinéma si égoïste, si personnel, si centré sur la vie et les obsessions du réalisateur qu'il en devient forcément universel. Chacun y reconnaît une part de son enfance, de ses amours, de ses angoisses et de ses combats. On a beau finir par trouver cet enfant terrible de la nouvelle vague un peu trop "conventionnel ou académique" on se trompe. Sa biographie révèle son caractère irréductiblement indépendant et solitaire, son sens aigu de l'exclusion et de l'exclusif, dans ses choix artistiques et sa façon de penser et de vivre.



Comme toujours la lecture d'une biographie révèle les aspects insupportables de l'indivivu, les tics, manies, humeurs, les travers dont nous sommes tous constitués et qui contrastent tant avec "la qualité d'âme" qui émane des oeuvres. L'art on le sait,est justement conçu pour transcender les petites misères de nos petites personnes et Truffaut sur ce plan a parfaitement réussi à restituer le meilleur de la vie à l'écran.Et par le meilleur, j'entends le plus intense, le plus vibrant, le plus sincère, l'essentiel. Certaines scènes d' Adèle H, L'enfant sauvage,Vivement dimanche, me bouleversent à chaque fois que ce soit pour le fond ou la forme. L'oeil qui guide la caméra y est si avide d'émotions et de proximité, les répliques ou la voix-off si marquées par ce faux naturel emprunté à la littérature, que le vrai est finalement atteint et restitué sur la peliculle.



Je ne résiste pas au plaisir de citer le si célèbre dialogue qui suit extrait de Le dernier Métro entre Depardieu et Deneuve:



"-Je viens à l'amour et j'ai mal. Est-ce que l'amour fait mal?
-Oui l'amour fait mal. Comme les grands oiseaux rapaces, il plane au-dessus de nous, il s'immobilise et nous menace. Mais cette menace peut-être aussi une promesse de bonheur. Tu es belle Elena, si belle que te regarder est une souffrance.
-Hier tu disais que c'était une joie!
-C'est une joie et c'est une souffrance."


Ce mélange de simplicité et de poésie un peu convenue n'est-il pourtant pas d'une efficacité redoutable quant il s'agit d'expliquer le sentiment le plus complexe et inconvenant qu'est l'amour?

On apprend de jolies choses à la lecture de cette biographie: la complicité avec Cocteau, le rôle paternel avec Léaud, la fascination pour le visage d'Adjani, le projet inabouti d'un film écrit avec Milan Kundera...



Mais je suis de nouveau assez terrifié quand je lis à quel point Truffaut était insatisfait de la plupart de ses tournages et déçu par ses oeuvres. Le bonheur n'accompagne que très rarement le processus créatif chez les vrais artistes: doutes, douleurs,frustrations, amertumes, tentations de renoncement ponctuent souvent le chemin de la création. Alors que les films de Truffaut nous émeuvent et nous réjouissent si pleinement, il est triste de constater qu'ils ont été accomplis par un homme si peu souvent heureux et à l'inconsolable mélancolie.

mardi 3 novembre 2009

FRAGMENTS PROUSTIENS



"Le talent n'est pas un appendice postiche qu'on ajoute artificiellement à des qualités différentes, qui font réussir dans la société [...].Il est le produit d'une complexion morale où généralement beaucoup de qualités font défaut et où prédomine une sensibilité dont d'autres manifestations que nous ne percevons pas dans un livre, peuvent se faire sentir assez vivement au cours de l'existence, par exemple telles curiosités, telles fantaisies, le désir d'aller ici ou là pour son propre plaisir, et non en vue de l'accroissement, du maintien, ou pour le simple fonctionnement des relations mondaines."
DU CÔTE DE GUERMANTES

lundi 2 novembre 2009

MA PLUS BELLE HISTOIRE D'AMOUR...



... Et ma plus belle session photographique! L'impression de convoquer un fantôme, d' accomplir un rituel d'ombre et de lumière pour la voix chère qui s'est tue.
Il faut donc aller au bout du monde pour croiser un visage qui vibre du souvenir de Lili Passion? C'est l'histoire d'une femme qui chante et d'un assasin blond.



Toujours plus d'images sur le lien:
http://www.saintsebastien.blogspot.com

dimanche 1 novembre 2009

UNE VISITE INOPORTUNE



Que penser de la mise en scène de l'oeuvre de Copi qui se donne à Buenos-Aires sous la direction de Stephan Druet, spécialiste d'opérettes et d'Offenbach?
Que Moria Casan, la monstrueuse ex-vedette de cabaret occupe immensément la scène de toute sa présence freak sans vraiment donner de nuances à sa performance. Dévorée par son personnage outrancier, elle CAMPe une infirmière opiomane et pornographique, jouant honorablement les deux notes que la nature et la chirurgie plastique lui ont octroyé: le grotesque et le vulgaire. Bien sûr ces registres correspondent aussi à l'univers de Copi, dramaturge sur lequel je m'interroge encore et dont je n'ai pas déchiffré le génie qu'on claironne à tout bout de champ.



Certes la mise en scène hyper-spectaculaire ( interventions musicales parodiques surnuméraires et inégales, jeux de lumières, effets sonores, hystérie de mouvements...) ne permettent pas vraiment de savourer le texte, exécuté à la mitraillette. Il manque une intensité tragique dans cet opéra bouffe sur la mort qui cherche à maintenir un rythme trop frénétique.
Le protagoniste, tout comme Copi au moment de l'écriture, est atteint du Sida et en phase terminale. La visite inoportune est celle de la Mort sous les traits de Regina Mortis, cantatrice drag italienne magistralement interprétée par Jean-François Casanovas qui après avoir fait les grandes heures de l'Alcazar à Paris dans les années 70 s'est installé en Argentine. Sa performance est parfaite et absolument irrésistible. On sent l'esprit d'Alfredo Arias planer sur tout le spectacle et Casanovas s'amuse à parodier la grande Marilu Marini avec des attitudes désopilantes! Sa figure savamment composée est dans le style exact de la ligne donnée par Copi, transformiste à ses heures:



La Casan face à cette figure impeccablement exécutée fait penser à un clown rouge, caricature d'elle-même, condamnée à rouler des hanches et sortir ses deux énormes tetas comme un travesti décadent des bosques de Palermo.
Enfin le premier rôle est une erreur monumentale de distribution. Trop jeune, trop petit, trop peu charismatique il est complètement effacé par les bêtes de scène que sont tous les seconds rôles eux parfaitement distribués. Pour jouer le double de Copi il fallait un acteur mûr et capable d'ironie, de sarcasme... pas le petit copain du metteur en scène!
Globalement il n'est donc pas inoportun de faire une visite à la ciudad Konex pour voir ce freak show divertissant où d'excellents moments sauvent malgré tout le spectacle.