lundi 7 décembre 2009

POIS E...



Une expression portugaise intraduisible, un soupir, une manière de ne rien dire, (fonction phatique diraient les linguistes), pois è... et oui?
C'est aussi une chanson sublime de Chico Buarque.
Qui dit beaucoup quand il n'y a plus rien à dire.



Pois é!
Fica o dito e o redito
Por não dito
E é difícil dizer
Que foi bonito
É inútil cantar
O que perdi...

Taí!
Nosso mais-que-perfeito
Está desfeito
O que me parecia
Tão direito
Caiu desse jeito
Sem perdão...

Então!
Disfarçar minha dor
Eu não consigo dizer:
Somos sempre bons amigos
É muita mentira para mim...

Enfim!
Hoje na solidão
Ainda custo
A entender como o amor
Foi tão injusto
Prá quem só lhe foi
Dedicação
Pois
é!



Chanté par Elis Regina avec cette finesse, que dire de plus? Pois é...

http://www.youtube.com/watch?v=SD7wlDN6IRo&feature=fvw

et quand la rejoint Chico!
http://www.youtube.com/watch?v=1up1zFCfekg&feature=player_embedded#

dimanche 6 décembre 2009

TONOLEC BIS

Pour ceux qui n'ont pas encore compris, revoici TONOLEC, et la belle Charo, dont il faut se procurer les disques et qu'il ne faut pas perdre sur scène.
Hiératique, ensorcelante, enfantine et inquiétante, elle déploie ses chants indigènes tobas du nord de l'Argentine avec une grâce infinie. Habillée de créations exotiques et alternatives et de sons électroniques savamment arrangés et mariés aux percussions les plus traditionnelles, elle est véritablement une fée underground et sylvestre que je range à côtés des Yma Sumac, Nina Hagen, Sapho ou Björk.
Hélas, elle se produit encore dans des salles trop étroites pour son talent mais qui permettent de toucher de près son charme de néo-indienne et de lui glisser quelques mots près du bar à la fin du rituel!

ALGO DEL OTRO MUNDO

En assistant hier soir à un nouveau récital du groupe électro-indigène TONOLEC, je ne pus m'empêcher d'établir un lien entre la charismatique vocaliste Charo, aux attitudes et à la musicalité fascinantes, et la diva péruvienne récemment disparue Yma Sumac.Yma Sumac est de l'ordre de la légende, une légende hétéroclite qui mêle les dynasties incas dont elle prétendait être la dernière descendante et le glamour kitsch exotique que Hollywood pouvait produire dans les années 50 ( via Carmen Miranda!). On peut la voir dans des productions prestigieuses aux côtés de Charlton Heston, dans "Le secret des incas" chantant au sommet du Machu Pichu une ode au dieu du soleil en costume traditionnel et maquillage à la Liz Taylor!



Quoiqu'il en soit, les dons surnaturels de Yma, cinq octaves (!) qui lui permettaient d'atteindre les sons les plus aigus et les tonalités les plus basses, la positionnent au sommet d'une pyramide de divas monstrueuses pouvant aussi bien interpréter La reine de la nuit mozartienne que de gutturaux chants guerriers d'indios navajos.



Pour ceux qui comme moi aiment aussi les hymnes carnavalesques et les cuivres du folklore urbain latino, il faut se précipiter sur les mambos, salsas et boléros auxquels la diosa andina a sacrifié avec une vraie folie jubilatoire! C'est la musique que Joe le Taxi de la petite Vanessa Paradis écoutait dans son auto et qui m'a valu d'entendre pour la première fois à quatorze ans le nom de la mystérieuse "Yma Sumac et les Mariacis..."





Mais là où la grande Sumac m'enchante et me semble exploser dans tout ce qui fait sa singularité, ce sont ses versions-improvisations de chants incas, chants de sorciers, de chasseur imitant les oiseaux de la forêt amazonnienne, complaintes de vierges du soleil, dans lesquels elle tend et détend comme on formulerait des sortilèges, les fils d'or et les lianes obscures de sa voix à l'élasticité vertigineuse.



A constater sur le lien suivant, trésor d'archive de Youtube où l'on peut admirer la plastique impeccable et génialement artificielle de la princesse inca tombée dans le glamour californien.

http://www.youtube.com/watch?v=mm4qc9qt_00&feature=related






samedi 5 décembre 2009

FELIXCIDADE



Quelqu'un a dit : " On jouit moins de ce que l'on obtient que de ce que l'on espère" et il avait raison.Avec la photographie ce qu'on obtient, c'est souvent le souvenir d'une espérance... et la jouissance est avant tout dans l'image obtenue. C'est une des formes possibles de la Felicidade.


Pour obtenir plus de Felix, n'espérez plus: http://www.saintsebastien.blogspot.com/

LA GRÂCE ET LA PESANTEUR



Le mysticisme en France est regardé d'un oeil cartésien très critique. C'est peut-être ce qui explique que la magnifique destinée de Simone Weil soit encore reléguée à l'arrière plan et qu'on la confonde avec son homonyme dans la politique. Pour ce qui est du féminisme, la philosophe Weil l'illustre de manière exemplaire dans ses choix existentiels et le transcende dans ses actes, comme on parlerait des actes d'une sainte ou d'un apôtre.

A la manière de Pascal, l'esprit brillant de cette jeune normalienne l'a menée à étudier divers domaines intellectuels très pointus: philosophie, mathématiques, hellénisme, théorie économique et politique... Son insatiable curiosité et ses dons surnaturels l'ont conduite sur tous les chemins du savoir.
Ses Carnets en sont le reflet vertigineux où les équations complexes voisinent les taductions et commentaires de vers d'Homère, et les concepts marxistes les aphorismes sur la foi.

Tout devait conduire cet esprit de géométrie et de finesse à passer son temps confiné dans les grandes bibliothèques occidentales à rédiger d'obscures thèses. Or cette enfant de bonne famille bourgeoise quitte le sérail et portée par sa passion pour la cause sociale et de profondes convictions marxistes décide d'aller travailler plusieurs mois dans une usine, sur une chaîne de montage, pour sentir dans son corps la douleur du travail ingrat et l'écrasement produit par l'oppression industrielle.
Elle en ressortira brisée et dépouillée de toutes formes d'illusions sur la question du travail, plus marxiste que jamais.



La guerre la chasse avec sa famille juive, à New-York et puis à Londres où elle espère rejoindre la résistance. Mais la voici aux prises avec une révélation d'ordre mystique qui la bouleverse et la retourne comme un gant. Dès lors Simone s'acheminera sur la voie torturée et éblouissante de la foi catholique dans une conversion qui la marginalisera davantage. Son corps sera le siège d'une joie immense et d'une douleur rédemptrice qu'elle n'aura de cesse de vouloir élucider et approfondir jusqu'à s'y brûler.

Anorexique, malade, retirée du monde et illuminée, elle s'éteindra en laissant une oeuvre dense qui aura, en quelques livres, fait le tour des grandes problématiques humaines : vivre en soi, avec les autres et tendue vers un idéal et un au delà.
Incandescente, fulgurante, aigüe et torturée, Simone Weil mérite aujourd'hui d'être redécouverte et célébrée à la pleine mesure de son génie et de son humanité.



"J'ai moi aussi une espèce de certitude intérieure croissante qu'il se trouve en moi un dépôt d'or pur qui est à transmettre... Il n'y a personne pour le recevoir. Cela ne me fait aucune peine. La mine d'or est inépuisable."

mercredi 2 décembre 2009

MUSAS DA BOSSA NOVA


Quoi de plus délicieux en une douce soirée "primaverale" que de se laisser bercer par le "violão" et la voix des muses de ce "truc nouveau" qui depuis la fin des années 50 n'a rien perdu de sa fraîcheur: la bossa nova. J'ai beau connaître par coeur tous les plus grands succès de ce genre musical pour les avoir entendus et chantonnés mille fois, je me laisse chaque fois glisser dans le hamac de la saudade et je revois mes nuits brésiliennes scintiller doucement sur fond de ciel mauve et tangage de caïpirinhas...
Chaque chanson est une "fotografia", " Eu, vôce,nos dois, jogando pela lua a beira mar..." Je revois des éclats de vie, un visage aimé penché sur le mien, des lèvres qui sussurent une mélancolie tropicale tout près de ma bouche, un soleil jeune et caressant, de la saveur dans toute chose, jusque dans les mots sirupeux ou piquants de cette belle langue: "coração, insensatez,o seu olhar,felicidade,minha namorada, toda a minha vida, pois é!..."



Quand la bossa nova joue , je sens qu'elle est mienne, que j'habite dans ses accords, qu'elle me parle et m'enchante, que tout ce qu'il y a de desafinado en moi devient harmonieux.


Je veux célébrer d'abord les voix féminines qui ont chanté Tom Jobim, Vinicius de Morais, Chico Buarque, João Gilberto, Carlos Lyra etc...

D'abord je parlerai de Silvia Telles qui est une des premières à avoir surfé sur cette vague, en portugais, en anglais aussi en donnant aux hits de Cole Porter ou Gerschiwn une couleur carioca. Il y a dans sa manière de chanter des vestiges de la chanson mélodique popularisée par Elizete Cardoso, avec ce fond de dramatisme latin qui a encore du mal à s'atténuer, mais la petite musique bossanovesque est déjà en train de faire son nid.



Un des visages et des destins les plus fulgurants et tristes de ces années-là, c'est celui de Maysa, muse mélancolique, rebelle et sensuelle, au regard charbonneux qui apporte la gravité et le trouble de son timbre à cette musique qu'on craignait trop juvénile et éphèmere. Il faut s'abandonner à cette muse inquiète qu'on comparait à Janis Joplin pour ses turbulences existentielles!



C'est cette année seulement, je le confesse, que j'ai approfondi le charme inégalable de Nara Leão, la plus subtile et la plus musicienne de toutes, qui sait interpréter avec tant de grâce les thèmes de Tom Jobim et situer sur un même plan de finesse et de délicatesse le jeu de ses cordes vocales et celles de son violão. Je crois que ses interprétations sont ce qui peut s'écouter de plus abouti quant aux spécificités révendiquées de la bossa nova : douceur, précision, sensualité, nuance, tristesse aérienne, frisson sonore... Personne n'a mieux chanté le " Samba de uma nota so" ou "Por toda a minha vida". Elle est la bossa nova jusqu'au bout de ses ongles de guitariste.



Et enfin, comment ne pas l'évoquer même si elle va au-delà de la bossa et de la musique elle-même ( comme toute vraie chanteuse!), Elis Regina reste celle qui peut le plus facilement égratigner nos coeur de sa voix déchirée. Même dans les murmures elle conserve cette violence magnifique qui a bouleversé pour toujours le panorama de la musique populaire brésilienne (MPB).




Son album avec Tom Jobim est un bijou. Un objet parfait qui mêle à la subtilité des arrangements musicaux, l'intensité des émotions libérées par Elis...
"... por que foste o que tinha de ser"
" parce que tu a été ce qui devait être"