lundi 5 avril 2010

ENTREZ DANS LA RONDE


Je me plonge dans l'oeuvre de Max Ophuls... un vrai bonheur! Du vrai cinéma d'auteur, comme disait Truffaut, où chaque plan est pensé et construit avec grâce.
Avec son adaptation libre de Arthur Schnitzler "La Ronde" il donne à la caméra et à ses séquences une fluidité et un sens du vertige digne d'une valse lente.. Distribution exquise, on y goûte la crème des acteurs de la grande époque du cinéma français: Simone Signoret, Daniel Gélin, Danielle Darieux, Gérard Philippe, Simone Simon, Jean-Louis Barrault et Odette Joyeux délicieuse en grisette ( avec qui j'ai eu l'honneur de déjeûner il y a tout juste 20 ans quand elle fut devenue une aimable écrivaine).
Les décors et costumes chez Ophuls sont d'un raffinement savant et toujours intégrés comme éléments dramatiques ou psychologiques: miroirs, grilles, fenêtres, escaliers tournants, lustres, éternels lustres de cristal qu'il ne se lasse pas de filmer, tout nous parle de cette ronde et des illusions, des éclats et des brisures qu'elle provoque.
L'histoire est jolie, la ronde des amours, le manège des passions, la valse des coeurs... risibles amours? Qui voudrait encore croire à ce jeu des chaises tournantes?..







lundi 29 mars 2010

LA ROBE VERTE



"Atonement" de Joe Wrigth, psychodrame historique de très grande qualité, pour les yeux et pour le coeur des gentils cinéphiles.
Pour le plus puissant plan-séquence de la débâcle anglaise sur la plage de Dunkerque !!!!
Pour le plus beau duo de jeunes premiers britanniques (l'éblouissante Keira Knigthley et le séduisant James Mac Avoy)!


Pour une direction d'art et une photographie impeccables!
Pour le final avec Vanessa Redgrave qui rajoute une couche de finesse à l'ensemble!
Mais surtout pour la robe de l'héroïne Cecilia, "la plus belle robe de l'histoire du cinéma" selon un ami au gôut très sûr... bon n'exagérons rien, disons: la plus belle robe verte de l'histoire du cinéma, assurément!









TRAILER : http://www.youtube.com/watch?v=rkVQwwPrr4c

samedi 27 mars 2010

SODOME ET GOMORRHE


"N'étant jamais parvenus à la véritable maturité, tombés dans la mélancolie, de temps à autre, un dimanche sans lune, ils vont faire une promenade sur un chemin jusqu'à un carrefour, où, sans qu'ils se soient dit un mot, est venu les attendre un de leurs amis d'enfance qui habite un château voisin. Et ils recommencent leurs jeux d'autrefois, sur l'herbe, dans la nuit, sans échanger une parole."

Marcel Proust Sodome et Gomorrhe I




Peintures de Caillebote.

mercredi 24 mars 2010

LE NUMERO CHANEL



Mauvaise chanteuse de cabaret, demi-mondaine ingrate, nouvelle riche vernissée par l'avant-garde artistique, maîtresse d'un haut-gradé nazi durant l'occupation, ringarde et paria avant de redevenir la vieille gloire acariâtre du chic parisien... telle m'apparaît Gabrielle Chanel dont le parcours d' opportuniste froide et revancharde ne m'inspire aucune sympathie particulière.

Certes, dans un siècle d'écrasante domination masculine, il ne restait pas d'autres moyens aux femmes volontaires que l'arrivisme et l'ingratitude, saupoudrés d'un peu de talent et de beaucoup de nez. Chanel et d'autres encore surent user à la perfection des armes que ces messieurs daignaient leur reconnaître : un charme indéniable, un caractère bien trempé et un sens implacable de la revanche sociale. C'est de bonne guerre.




Cependant je m'incline très bas devant sa modernité, son sens de la ligne et de la sobriété, son flair et son regard visionnaire tout ce qu'on appelle son style et qui est d'une importance considérable dans l'histoire du vêtement féminin. Mais par décence qu'on ne me serve pas d'hagiographie sur Coco ni d'éloges lénifiants sur une Cosette qui finit par dormir au Ritz grâce au génie de quelques coups de ciseaux .

Tout son talent a constitué dans une pratique vindicative à l'endroit des grandes bourgeoises trop emplumées, trop corsetées, trop enrubannées et dentellisées de l'avant-guerre, qu'elle a su dépouiller de toutes leurs contraintes et parures vestimentaires, symboles de la puissance économique de leurs maris et de leur soumission à ceux-ci.

Les grands exploits de Coco? Etre indépendante, faire fortune, imposer une mode à l'austérité chic, inspirée des classiques masculins du sport-man anglais: la veste courte et cintrée, les chemises à col blanc, le jersey, le tweed, la marinière, le canotier... Sachant glisser avec intelligence et stratégie sur l'air du temps et les tendances de son époque, elle a trouvé les réponses que tous attendaient et sut s'imposer comme une référence. Chapeau mademoiselle!



Tout ceci est magnifiquement évoqué dans une biographie somptueusement illustrée, signée Edmonde Charles-Roux et publiée aux éditons de la Martinière.
Le film d'Anne Fontaine, "Coco avant Chanel"avec une Audrey Tautou assez convaincante qui a su troquer la moue ingénue d'Amélie pour la grimace mélancolique de la dure Coco, privilégie le récit d'apprentissage d'une orpheline devenue impératrice du luxe, et le mélo peu crédible de sa relation impossible avec son riche mécène anglais Boy. Il fallait une Coco qui lutte, aime et souffre pour séduire les foules du cinéma. Mais vraiment quel personnage ingrat et sec que cette femme! Tautou malgré son charme mutin a bien compris qu'elle devait incarner une emmerdeuse et y a réussi!
Le film, assez monotone et convenu, offre par ailleurs une direction d'art magnifique et viscontienne à souhait! La reconstitution des décors et costumes, la photographie y sont admirablement réussies, mais c'est la moindre des choses pour une production de ce niveau là. Les séquences à Deauville sont de fascinants tableaux du charme proustien des plages normandes et de la vie de palace.





J'attends de voir "Coco et Igor" avec la plus rugueuse et ambigüe Anna Mouglalis pour voir si l'on peut filmer sous une facette plus miroitante et tranchante le profil d'un diamant solitaire qui répond au nom de Chanel.


samedi 20 mars 2010

DU CÔTE DE CHEZ ZWEIG



Je suis allé faire un tour du côté de chez Stefan... comme on va visiter un vieil ami en étant sûr d'un accueil merveilleux. Ses petits romans et ses longues nouvelles laissent des bleus au coeur et on se demande qui a su mieux saisir les soubressauts de l'âme passionnée dans cette Europe de l'entre-deux guerres. Quel sommet que cette pensée européenne entre Vienne, Paris, Berlin... et quelle chute épouvantable dans un gouffre qui a dû paraître encore plus immensément sombre et obscur à la sensibilité si aigüe de Zweig, qui n'y survécut pas du reste malgré sa fuite au Brésil où il se suicida.



C'est à la faveur de la publication d'un inédit paru en 2009 que je reviens à lui avec bonheur et familiarité."Le voyage dans le passé" est du pur Zweig comme on l'aime: psychologue immergé dans les émotions, analyste passionné des sentiments, prosateur épousant les contours du temps et de la mélancolie.
La construction de cette nouvelle de 100 pages, à l'allemande, est un petit bijou de maîtrise narrative. On nous y rappelle combien le temps transforme l'amour et change les désirs, combien il est inutile de vouloir rattraper des fantômes. Les ombres d'Orphée et d'Ulysse traversent ce récit nostalgique, celui d'un impossible retour, celui du "Don't look back"...

Un homme aime une femme, leur amour est impossible, il voyage, il tente d'oublier et la retrouve dix ans après pour essayer de tout recommencer... une sorte d'éducation sentimentale à la Flaubert.




"Il n'est pas dans la nature humaine de vivre, solitaire, de souvenirs et, de même que les plantes, et tous les produits de la terre, ont besoin de la force nutritive du sol et de la lumière du ciel, qu'ils filtrent sans relâche, afin que leurs couleurs ne pâlissent pas et que leur corolle ne perdent pas ses pétales en fanant, ainsi, les rêves eux-mêmes qui semblent éthérés, doivent se nourir d'un peu de sensualité, être soutenus par de la tendresse et des images, sans quoi leur sang se fige et leur luminosité pâlit.C'est ce qui arriva aussi à cet être passionné, sans qu'il s'en aperçût..."




Les photos illustrant cet article sont extraites du magnifique film de Max Ophüls, tiré de "Lettre d'une inconnue" du même Zweig avec une bouleversante Joan Fontaine et un séduisant Louis Jourdan dans une réalisation toutes en finesse.



mercredi 17 mars 2010

ONE DORIAN



On imagine que le héros d'Oscar Wilde traverse le palais de la Belle et la Bête de Cocteau... royaume des faux-semblants, des apparitions, des métamorphoses.
Le Beau prince est aussi à ses heures obscures la Bête qu'on préfère avoir en peinture.



Fragments de la décomposition d'un visage...sur le lien suivant:

www.saintsebastien.blogspot.com

dimanche 7 mars 2010

NOIR C'EST NOIR



"J'aime l'autorité du noir,

sa gravité, son évidence, sa radicalité.

Son puissant pouvoir de contraste

donne une présence intense à toutes les couleurs

et lorsqu'il illumine les plus obscures,

il leur confère une grandeur sombre.

Le noir a des possibilités insoupçonnées

et, attentif à ce que j'ignore,

je vais à leur recontre."


PIERRE SOULAGES