vendredi 8 juillet 2011

RETROUVER LA TIPASA PERDUE




"Au printemps ,Tipasa est habité par les dieux […]Que d’heures passées à écraser les absinthes, à caresser les ruines, à tenter d’accorder ma respiration aux soupirs tumultueux du monde ! Enfoncé parmis les odeurs sauvages et les concerts d’insectes somnolents, j’ouvre les yeux et mon coeur à la grandeur insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n’est pas si facile de devenir ce qu’on est, de retrouver sa mesure profonde. Mais à regarder l’échine solide du Chenoua, mon coeur se calmait d’une étrange certitude. J’apprenais à respirer, je m’intégrais et je m’accomplissais […]Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. Il n’y a qu’un seul amour dans ce monde."




ALBERT CAMUS Noces à Tipasa

Tableau de Hoffmann

mardi 5 juillet 2011

FACES

LILLIAN GILISH


CAROLE LOMBARD


BARBARA MULLEN




GRETA GARBO



JOAN CRAWFORD

PIERRE CARTIER-BRESSON





LEE MILLER





?



JOHNNY WEISMULLER




MARLENE DIETRICH






DOLLY SISTERS






Ces magnifiques photographies sont tirées du blog: http://wehadfacesthen.tumblr.com/
...quand les visages avaient de la gueule.

lundi 4 juillet 2011

ISADORA DUNCAN DANSE SA VIE

Quelle vie impétueuse que celle de Isadora Duncan!
Californienne sauvageonne, dansant pacifique, sur un rivage qu'elle croyait grec, cette nymphe en perpétuelle fuite se retrouve à enflammer les scènes de la Belle époque européenne, ensorcellant entre ses voiles et ses cuisses une bourgeoisie aussi avide de modernité que d'émoustillements chorégraphiques.

Amante du richissime héritier Singer ou plus tard d'un jeune poète russe qui a la moitié de son âge, elle consumme son énergie sur scène, dans son école de danse ou dans son lit avec la même férocité, la même exigence de liberté. Je ne sais pas si elle fut sur le plan de l'histoire de la danse autre chose qu'un détonnateur de la modernité chorégraphique. On retiendra surtout d'elle la libération du geste et du sentiment, une interaction plus marquée entre le corps et les énergies chtoniennes dont elle semblait tirer ses élans et ses extases.

Même si les reconstitutions du style Duncan paraissent aujourd'hui un peu ingénues et affectées, elle reste une légende douée de cette grâce et de ce génie du mouvement qu'on aime à retrouver chez toute grande danseuse.
















"L'art n'est nullement nécessaire. Tout ce qu'il faut pour rendre ce monde plus habitable, c'est l'amour". Isadora Duncan










EL MAR / MOURIR COMME UN HOMME





Deux films de la péninsule ibérique m'ont à la fois séduit et inquiété par leurs récits désespérés et leurs images troublantes. Agusti Villaronga proprose avec "El mar" une passionnelle histoire d'amitié dans un sanatorium pour jeunes garçons tuberculeux. Violence, volupté, cruauté, sainteté et sacrifice imprègnent l'atmosphère de ce film morbide et sanguinolent où la jeunesse côtoie la mort dans des noces fébriles et mystiques. Pour esprits torturés et baroques comme le mien!













Le portugais João Pedro Rodrigues dont j'avais adoré "O fantasma" m'a un peu déçu avec "Mourir comme un homme" le long récit de la fin de partie d'une travestie lisboète qui accumule les galères ( jeune amant drogué, fils déserteur et meurtrier, déclin professionnel, maladie fatale...). L'influence de Pasolini, Godard et Fassbinder y est notable, surtout hélas dans les séquences ennuyeuses et les jeux de filtres lumineux. Mais le cinéaste y fait sentir sa pâte, son gôût pour l'intranquilité et l'underground, les flamboyances et les plongées dans les fantasmes les plus souterrains. Entre hyper-réalisme social et conte queer halluciné, le film navigue entre deux eaux mais emporte notre sympathie grâce au rayonnement mélancolique du rôle protagoniste: Tonia, une des figures de la transsexualité les mieux "campées" au cinéma depuis longtemps.




vendredi 1 juillet 2011

MINA DIVA ASSOLUTA




En attendant le film qu'Almodovar prépare sur la grande chanteuse italienne ( avec Marisa Paredes), écoutons Mina. Celle des années soixante, la romantique, la mélodramatique, l'ironique, l'iconique Mina. Et regardons le visage de cette voix, sublimé et décliné sous tant de facettes photo-graphiques. Une voix et un visage suffisent à atteindre l'absolu du féminin. Mina en est la preuve vivante et éternelle.












mercredi 29 juin 2011

SANGLOTS



SANGLOTS de Guillaume Apollinaire


Notre amour est réglé par les calmes étoiles
Or nous savons qu'en nous beaucoup d'hommes respirent
Qui vinrent de très loin et sont un sous nos fronts


C'est la chanson des rêveurs
Qui s'étaient arraché le coeur
Et le portaient dans la main droite
Souviens-t'en cher orgueil de tous ces souvenirs

Des marins qui chantaient comme des conquérants
Des gouffres de Thulé, des tendres cieux d'Ophir
Des malades maudits, de ceux qui fuient leur ombre
Et du retour joyeux des heureux émigrants.

De ce coeur il coulait du sang
Et le rêveur allait pensant
À sa blessure délicate
Tu ne briseras pas la chaîne de ces causes
Et douloureuse et nous disait
Qui sont les effets d'autres causes


Mon pauvre coeur, mon coeur brisé
Pareil au coeur de tous les hommes
Voici nos mains que la vie fit esclaves
Est mort d'amour ou c'est tout comme
Est mort d'amour et le voici


Ainsi vont toutes choses
Arrachez donc le vôtre aussi
Et rien ne sera libre jusqu'à la fin des temps
Laissons tout aux morts
Et cachons nos sanglots



Illustrations:


1)Sargent details of moutains streams
2) Orpheus’ Sorrow - Pascal Adolphe Jean Dagnan-Bouveret

dimanche 26 juin 2011

CONTRE L'ENNUI: L'ECLECTISME!


JOAQUIN SOROLLA y BATISTA from MELANGE d'Arrakis

Dans un désert d'ennui hivernal et existentiel, il faut savoir trouver des oasis. Quelques mirages et divertissements comme dirait le vieux cher Blaise Pascal. Alors dans un désordre de brocante où l'on trouve le pire et le meilleur, voici l'inventaire de mes sorties, lectures, visions de la semaine.
"TRAS EL CRISTAL" Agustín Villaronga, un film terriblement sordide et sombre où se mêlent l'histoire d'un nazi tortureur d'enfants et d'un ange infirmier au beau visage pasolinien.









Un concert que j'ai fui au bout de 30 minutes, celui de Mademoiselle K au look de punk inoffensive et à la voix inaudible.





Les plaisirs d'un défilé de mode alternative de la marque BAMBOLEIRO avec des mannequins masculins que j'ai eu pour certains l'avantage de photographier.( et qui n'ont qu'à bien se tenir pour d'autres découverts à cette occasion!)



Grand moment de poésie théâtrale avec "Voyageurs immobiles" du théâtre d'objets et de marionnettes de Philippe GENTY présent avec le théâtre du Rond-Point à Buenos-Aires. Magnifique travail d'invention, de jeu avec les éléménts les plus simples, papier kraft et plastique et de direction de troupe. Un vrai voyage comme rarement le théâtre en permet.




Autre travail d'acteurs exceptionnel, celui de Joaquin Furriel et Rodrigo de la Serna dans "Lluvia constante", pièce de Broadway entre "Starsky et Hutch" et drame shakespearien version light! Grand succès public et critique de la saison à Buenos-Aires.






Chaque année Alfredo Arias vient présenter un travail, pièce achevée ou théâtre lu avec la crème des comédiens locaux. Son choix s'est porté sur le récit de Marie Darieussecq "Truisme" devenu par les hasards de la traduction "Chanchada/ Cochonnerie" et par les limites de la production une lecture jouée. Cette fable constituée de longs monologues-récits en dit long sur la répresentation ordinairement dégradée et l'animalisation du corps féminin dans une société " dépourvue de pitié". Toutes les cochonneries une fois permises, la satire devient féroce et le malaise nous fait naviguer entre le rire, le dégoût et la réflexion critique. Comme dirait un ami proche à qui j'ai fait subir la représentation (qui moi m'a emballé!): " Est-ce de l'art ou du cochon?"...