mardi 19 juillet 2011

CIGALES D'ETE









Il faut des voix de femmes pour bercer un été méditerranéen et rivaliser avec les cigales de l'après-midi. Dans la magnifique chapelle du Petit Louvre d' Avignon, Angelique Ionatos et sa comparse Katerina Fotinaki chantent Anatoli, l'orient grec avec toutes les cordes de leurs guitares. L' eurythmie est parfaite entre ces deux guitaristes expertes et leurs voix, grave et frémissante pour Ionatos, langoureuse et cristalline pour Fotinaki, tissent des mélopées chatoyantes. Les textes puisés chez les meilleurs poètes comme Odysseus Elytis, Garcia Lorca et même Baudelaire avec le fameux "Les bienfaits de la lune", sont interprétés avec amour et émotion. C'est un moment de grand art, de haute poésie, d'envoûtement. La Grèce tout entière actuelle et millénaire,convoquée avec ses mythes, son petit peuple et son grand soleil, accourt à nos oreilles et nous subjugue.

En écoute: http://www.youtube.com/watch?v=QTX6BngYLd4





Dans un autre style, mais avec le même sens de la grâce la portugaise Cristina Branco m'a séduit avec son album, pourtant un peu trop évident actuellement, intitulé Fado/Tango. Voix sublime et titres bien choisis pour cet itinéraire qui englobe Buenos-Aires, Paris et Lisbonne. Une nouvelle Cristina, plus femme fatale et séductrice semble y éclore. Le compas du tango semble donner ce chaloupement plus canaille à la mélancolie du fado et les textes de Baudelaire ou Brel nous invitent au voyage musical.
En écoute: http://www.youtube.com/watch?v=gPZYcLcshGk


lundi 18 juillet 2011

MY LITTLE PRINCESS





Le film de l'été qui a retenu mon attention est sans hésitation le seul que je sois allé voir: My little Princess! Inspiré de l'enfance de la propre réalisatrice Eva Ionesco, fillette exploitée par sa mère, l'artiste Irina Ionesco dont les photographies baroques et inquiétantes m'avaient déjà interpelé dans les années quatre-vingt. Cette mère fantasque et fantasmatique métamorphosa sa progéniture en une héroïne sulfureuse de Lewis Caroll, Balthus ou Nabokov en la faisant poser entre 4 et 12 ans dans des tenues glamoureuses et des attitudes trop érotiques.





Certaines de ces images trangressives rayonnent d'une beauté interdite et dangereuse: fillette sublimée ou gamine prostituée? la frontière est mince quand il s'agit d'une pratique aussi voyeuriste et directement fétichiste comme la photographie. Pour exorciser ses démons Eva Ionesco vampirise à son tour une jeune actrice éblouissante et prometteuse Annamaria Vartolomei qui a le physique de Lolita à la Bardot et le talent border-line d'Adjani, mélange explosif qui fera des merveilles certainement sur nos écrans dans les cinq ans à venir.





Face à cette petite émule de Brooke Shields, Isabelle Huppert, pourtant impeccable dans son rôle de mère indigne et fatale, passe parfois au second plan mais s'impose à notre souvenir grâce à ses tenues flamboyantes! Il n'y avait pourtant qu'elle pour jouer cette salope à paillettes et en faire une garce étoilée de plus dans sa constellations de rôles forts.




Le film qui navigue entre le conte de fée et le psychodrame, a ses moments flashants et ses lenteurs négatives mais l'exercice est réussi pour un premier opus. Il offre aussi l'occasion de rechercher quelques clichés de la méchante fée Ionesco dont presque personne ne se serait souvenu sans ce film: étrange manière pour sa fille d'expier ses démons d'enfant abusée en ressucitant leurs charmes et en répétant sur la petite actrice, avec on l'imagine plus de soin et de respect, les mêmes rituels sacrificiels du culte de l'image.

















PHOTOS by IRINA IONSECO

vendredi 8 juillet 2011

RETROUVER LA TIPASA PERDUE




"Au printemps ,Tipasa est habité par les dieux […]Que d’heures passées à écraser les absinthes, à caresser les ruines, à tenter d’accorder ma respiration aux soupirs tumultueux du monde ! Enfoncé parmis les odeurs sauvages et les concerts d’insectes somnolents, j’ouvre les yeux et mon coeur à la grandeur insoutenable de ce ciel gorgé de chaleur. Ce n’est pas si facile de devenir ce qu’on est, de retrouver sa mesure profonde. Mais à regarder l’échine solide du Chenoua, mon coeur se calmait d’une étrange certitude. J’apprenais à respirer, je m’intégrais et je m’accomplissais […]Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. Il n’y a qu’un seul amour dans ce monde."




ALBERT CAMUS Noces à Tipasa

Tableau de Hoffmann

mardi 5 juillet 2011

FACES

LILLIAN GILISH


CAROLE LOMBARD


BARBARA MULLEN




GRETA GARBO



JOAN CRAWFORD

PIERRE CARTIER-BRESSON





LEE MILLER





?



JOHNNY WEISMULLER




MARLENE DIETRICH






DOLLY SISTERS






Ces magnifiques photographies sont tirées du blog: http://wehadfacesthen.tumblr.com/
...quand les visages avaient de la gueule.

lundi 4 juillet 2011

ISADORA DUNCAN DANSE SA VIE

Quelle vie impétueuse que celle de Isadora Duncan!
Californienne sauvageonne, dansant pacifique, sur un rivage qu'elle croyait grec, cette nymphe en perpétuelle fuite se retrouve à enflammer les scènes de la Belle époque européenne, ensorcellant entre ses voiles et ses cuisses une bourgeoisie aussi avide de modernité que d'émoustillements chorégraphiques.

Amante du richissime héritier Singer ou plus tard d'un jeune poète russe qui a la moitié de son âge, elle consumme son énergie sur scène, dans son école de danse ou dans son lit avec la même férocité, la même exigence de liberté. Je ne sais pas si elle fut sur le plan de l'histoire de la danse autre chose qu'un détonnateur de la modernité chorégraphique. On retiendra surtout d'elle la libération du geste et du sentiment, une interaction plus marquée entre le corps et les énergies chtoniennes dont elle semblait tirer ses élans et ses extases.

Même si les reconstitutions du style Duncan paraissent aujourd'hui un peu ingénues et affectées, elle reste une légende douée de cette grâce et de ce génie du mouvement qu'on aime à retrouver chez toute grande danseuse.
















"L'art n'est nullement nécessaire. Tout ce qu'il faut pour rendre ce monde plus habitable, c'est l'amour". Isadora Duncan










EL MAR / MOURIR COMME UN HOMME





Deux films de la péninsule ibérique m'ont à la fois séduit et inquiété par leurs récits désespérés et leurs images troublantes. Agusti Villaronga proprose avec "El mar" une passionnelle histoire d'amitié dans un sanatorium pour jeunes garçons tuberculeux. Violence, volupté, cruauté, sainteté et sacrifice imprègnent l'atmosphère de ce film morbide et sanguinolent où la jeunesse côtoie la mort dans des noces fébriles et mystiques. Pour esprits torturés et baroques comme le mien!













Le portugais João Pedro Rodrigues dont j'avais adoré "O fantasma" m'a un peu déçu avec "Mourir comme un homme" le long récit de la fin de partie d'une travestie lisboète qui accumule les galères ( jeune amant drogué, fils déserteur et meurtrier, déclin professionnel, maladie fatale...). L'influence de Pasolini, Godard et Fassbinder y est notable, surtout hélas dans les séquences ennuyeuses et les jeux de filtres lumineux. Mais le cinéaste y fait sentir sa pâte, son gôût pour l'intranquilité et l'underground, les flamboyances et les plongées dans les fantasmes les plus souterrains. Entre hyper-réalisme social et conte queer halluciné, le film navigue entre deux eaux mais emporte notre sympathie grâce au rayonnement mélancolique du rôle protagoniste: Tonia, une des figures de la transsexualité les mieux "campées" au cinéma depuis longtemps.




vendredi 1 juillet 2011

MINA DIVA ASSOLUTA




En attendant le film qu'Almodovar prépare sur la grande chanteuse italienne ( avec Marisa Paredes), écoutons Mina. Celle des années soixante, la romantique, la mélodramatique, l'ironique, l'iconique Mina. Et regardons le visage de cette voix, sublimé et décliné sous tant de facettes photo-graphiques. Une voix et un visage suffisent à atteindre l'absolu du féminin. Mina en est la preuve vivante et éternelle.