samedi 11 mai 2013

TABU


Le film "TABU" du portugais Miguel Gomez surgit des eaux mornes de la cinématographie actuelle, tel un " crocodilo melancolico" pour nous engloutir dans sa poésie envoûtante et nous lacérer le coeur.
Sa sortie dans de nombreux festivals internationaux a été couronnée par des prix prestigieux et des critiques dithyrambiques n'hésitant pas à user des mots "splendeur", "sublime", "chef d'œuvre"... Après avoir vu TABU deux fois à deux jours de distance, je peux affirmer qu'il s'agit d'un des films les plus  subtils et fascinants que j'ai vu ces dernières années.




Construit en deux volets, "paraiso perdido" et "paraiso", le film met en perspective deux époques et deux espaces. D'un côté le Portugal contemporain où des dames trop solitaires et trop abandonnées vivent leurs derniers échanges affectifs, marqués par l'échec, le "desencontro" et l'amertume : Aurora, vieille dame paranoïaque et mythomane gardée par une dame cap-verdienne, Santa, et Pilar, la voisine au  grand cœur soucieuse des autres et de tisser des liens dans une humanité qui se défait. Ces trois solitudes dans le voisinage d'une Lisbonne grise et désabusée vont entrechoquer leur désarroi et exprimer malgré elles toute leur détresse de "vieilles dames" oubliées par la vie, la vraie vie, celle du paradis perdu des amours et des affects.






Le second volet radicalement opposé nous plonge par un effet de flash-back dans une colonie lusitane en Afrique. Là  se joue une passion transgressive entre une femme mariée, Aurora cinquante ans plus jeune, et GianLucca un trop bel aventurier. Cette passion fatale où intervient un curieux petit crocodile, sera elle aussi vouée à l'échec. Ces deux espace/temps réliés par la narration en voix-off d'un GianLucca vieilli, font résonner les thèmes de l'amour brisé, du temps qui passe, de la solitude sur fond de décadence portugaise et mondiale.





Tout un climat propice à la saudade made in Portugal se déploie dans cette œuvre avec une audace époustouflante dans l'utilisation de recours obsolètes : l'esthétique granuleuse du noir et blanc, la bande-son mêlant ambiance tropicale, musique sixties et variations bossa-novesques; la littérarité des dialogues et des récits en voix-off.... autant de raffinements auxquels les réalisateurs d'ordinaire rechignent par crainte du ridicule. Miguel Gomez lui s'adonne à ces pulsions stylistiques du mélodrame avec une ironie douce-amère et réalise un chef-d'œuvre hypnotique semé de références à l'histoire d'un cinéma oublié ( Murnau évidemment mais bien d'autres aussi). 





Il faut un certain temps pour que TABU lâche sa proie : le spectateur se laisse prendre à ses charmes cruels et retourne se jeter dans le fleuve sombre, lent et sinueux de la pellicule. Pour peu que l'on ait enfoui dans le marécage de sa mémoire, une zone d'amour tropicale et une passion secrète - le film achève de nous ensorceler et de faire remonter tous les crocodiles du passé.

TABU TRAILER  ici commence l'envoûtement.




1 commentaire:

Javier Arnott Álvarez a dit…

Tomo buena nota, gracias por la sugerencia.