jeudi 14 février 2013

EROS À POMPEÏ


Qui mieux que Pascal Quignard dans son ouvrage "Le sexe et l'effroi" a jamais fourni plus fine analyse des "fascinantes" fresques qui ornent les murs des villas de la région de Pompéï ?
Extraits choisis d'un entretien de l'auteur pour Gallimard et scènes romaines à l'érotisme brulant et funèbre où s'explicitent et se racontent tous les mystères du mythe le plus archaïquement et  fraîchement fixé en nous, celui de la sexualité.





"Au départ, je voulais m'intéresser à un peintre grec, Parrhasios. Il vivait à la fin du Ve siècle avant J.-C. et était donc contemporain de Socrate. On le connaissait sous le surnom du Pornographe, car il a été le premier à peindre des tableaux dans les maisons de prostitution. En revanche, on n'a conservé aucune peinture de lui. Mais de nombreux textes se sont accumulés, d'autant que l'empereur Tibère collectionnait les peintures de Parrhasios. On raconte même que Tibère, tombé malade à force de contempler ces peintures libidineuses, fit venir de Palestine sainte Véronique avec le portrait de Jésus…"






"J'ai découvert que, contrairement à ce qu'affirmait, par exemple, Georges Bataille dans Les Larmes d'Éros, il existe d'énormes différences entre l'érotisme joyeux, le culte du corps, en Grèce, et l'érotisme de plus en plus effrayé, de plus en plus fasciné, du monde romain."






"En reprenant les textes, je me suis aperçu que le mot phallus n'est jamais employé en latin. Les Romains appelaient fascinus ce que les Grecs nommaient phallos. Du sexe masculin dressé, c'est-à-dire du fascinus, dérive le mot de fascination, c'est-à-dire la pétrification qui s'empare des animaux et des hommes devant une angoisse insoutenable. Les fascia désignent le bandeau qui entourait les seins des femmes. Les fascies sont les faisceaux de soldats qui précédaient les Triomphes des imperator. De là découle également le mot fascisme, qui traduit cette esthétique de l'effroi et de la fascination."






 "Toutes ces fresques sont des peintures de l'instant qui précède la mort. Par exemple, il existe une petite fresque qui représente deux enfants et une femme tenant une épée : c'est l'instant où Médée va tuer ses deux enfants, qui jouent avec des osselets, c'est-à-dire les ossements qu'ils vont devenir. Ensuite, les textes racontent qu'elle va non seulement les mettre à mort, mais qu'ensuite, avec son épée, elle va fouiller son propre sexe pour détruire tout reste possible d'une génération éventuelle de l'homme qu'elle a aimé et qui l'a trompée. Tout cela est lié à la religion romaine primitive, qui est un culte de la mise à mort, et à l'horreur de la passivité sexuelle. Tout ce qui est actif, tout ce qui fait lever le fascinus, est hautement noble. Tout ce qui est passif est puni de mort."



"Cette vision du monde romain est nouvelle et paradoxalement parce qu'on n'a jamais cessé d'étudier le latin, de l'enseigner aux enfants : on a donc bien sûr expurgé tout ce qui était licencieux. D'où cette confusion durable entre monde grec et monde romain. Il s'agit donc d'une découverte à laquelle je ne m'attendais pas. Je croyais les Romains rudes, brusques, mais je ne les aurais jamais imaginés aussi inventeurs de mélancolie, de dégoût, d'horreur et de puritanisme. Les pères en robe noire du christianisme n'ont fait que saisir le relais que leur tendaient les pères en robe blanche du sénat."



1 commentaire:

Javier Arnott Álvarez a dit…

Y al fin de cuentas no hay nada o casi nada nuevo bajo el sol.