mercredi 9 septembre 2009

ELENA ET LES HOMMES


Ingrid Bergman, Jean Marais, Juliette Gréco, Magali Noël...dirigés par Jean Renoir, quelle affiche alléchante, non? Une comédie romantique un peu Belle Epoque avec princesse polonaise et général héroïque style Boulanger, fête patriotique et musique de romanichels, voilà qui semblait prometteur avec cet "Elena et les hommes" de 1956...Hélas!

Au final un film décevant empreigné d'une théâtralité factice, de couleurs criardes et de gesticulations à la Feydeau.On est loin de "La règle du jeu"!Le film est si daté qu'il devient génialement kitsch! Du coup fous rires et convulsions hilarantes dus au mauvais goût des décorateurs, costumiers et accesoiristes, qui commettent des crimes en série, auxquels les rôles secondaires se prêtent avec une complicité totale.Jugez plutôt!
Des acteurs inoubliables quant à leur interprétation:


Des figurants de premier choix:


Une harmonisation parfaite du personnage avec le décor:


Un sens de l'esthétique poussé dans les moindres détails:


Des costumes raffinés et d'une élégance discrète:


Un interlude musical servi par une diva mortelle:


Et des répliques imparables écrites pour entrer dans la légende:
"Je crois que je vais avoir une crise de désespoir! Vite apportez-moi du caviar et du champagne!"



Par moments je me croyais face à l'ancêtre cinématographique de "Hélène et les garçons" qui emprunte son titre à cette guimauve de Jean Renoir.
La comédie était-elle efficace en son temps? Certes il y a de beaux moments dans ce film raté, comme le final où Gréco chante une melopée sur la nuit... nuit fatale de l'oubli dans lequel cette production est tombée fort heureusement.

mardi 8 septembre 2009

DE SALVADOR A DALI

"Ceux qui ne veulent imiter personne ne créent jamais rien"
Salvador Dali













"WHAT EVER LOLA WANTS...


...Lola gets" chante Sarah Vaughan.J'ignorais jusqu'à hier qu'elle faisait allusion à Lola Montes, la courtisane irlandaise du 19ème siècle qui rendit fous marins, mineurs, rois et artistes. Son destin aussi éblouissant que pathétique fit bien sûr l'objet de biographies et romans innombrables ainsi que d'un film fameux, chef d'oeuvre du cinéma de grand-papa, réalisé par Max Ophüls. Une fastueuse production ne permit pas à se film de connaître le succès escompté, mais il n'en demeure pas moins un classique du film à grand spectacle.

Jamais je ne crois avoir vu un tel déploiement de théâtralité et d'invention baroque pour mettre en scène le récit de cette vie de danseuse exotique sans grand autre talent que celui de fasciner les foules et de vider les bourses de ses admirateurs! Le cirque de Lola devient sous l'oeil de Ophüls une arêne chorégraphique, acrobatique, une cage aux fauves et aux folles où resplendit une Martine Carol, icône des années cinquante qui ne trouva jamais meilleur rôle que celui la Montes. Même si elle continue de nous servir des mimiques compassées et affectées comme celle-ci:

ou celle-là:

...elle n'en ressort pas moins grandie de cette interprétation unique, avant qu'une lolita irrésistible nommée Brigitte ne précipite sa carrière vers une inéluctable décadence. Triste destin de luciole que celui des actrices et courtisanes!
Pour revenir au film, il offre une succesion de tableaux hallucinants ployant sous le décorum,le carton-pâte et les trompe-l'oeil où sont reconstitués théâtres, roulotte polonaises, auberges italiennes,nef de navire anglais, palais bavarois, atelier de peintre, loges de cirque... Les costumes envahissent l'écran de leurs miroitements et noient la vision du spectateur dans un raz-de-marée rococo qui enchante.

Mais les vraies vedettes de cette belle ouvrage ne sont ni les acteurs, ni les décorateurs, ni la foule de figurants dont le ballet harmonieux donne le tournis, ni le génial Ophüls lui-même, non, la seule chose qu'on retiendra c'est la présence éblouissante et inoubliable des lustres en cristal qui descendent majestueux des cieux improbables pour envahir l'écran et nous rappeler à chaque séquence que la vie n'est qu'un furtif instant de gloire éclatante suivie d'un extinction aussi lente qu'inoubliable.

samedi 5 septembre 2009

LA SALLE DE BAIN DE FRIDA



La formidable photographe mexicaine Graciela Iturbide a réalisé une exposition sur "El baño de Frida Kahlo". Depuis 50 ans la salle de bain de l'artiste était scellée selon la volonté de son mari Diego Riviera. La directrice de la maison-musée de Frida a ouvert les portes de ce temple de faïence à l'oeil merveilleusement profanateur de Iturbide. Sobriété de chambre funéraire, souvenirs de la douleur du corps infirme,corsets,béquilles,drogues,appareillage rustique pour avortement, affiches communistes... On se croirait dans un tableau de la mexicaine, une ultime installation post mortem témoignant de ses expériences, angoisses et fantasmes. Tout est capté avec le sens du morbide, du hiératique et du sanglant dont l'une et l'autre, peintre et photographe, sont les expertes.



Graciela Iturbide pour hispanophones:
“Producir esta imágenes fue muy fuerte. Yo no me considero fridómana, pero admiro mucha de su obra, fue una mujer maravillosa y agradecí la oportunidad de fotografiar estos objetos. De entrada fue muy impactante porque, obviamente, el baño olía fuerte, había batas de hospital, muletas, carteles de Stalin y Lenin así como uno que tenía que ver con el aborto, entre otros objetos, los cuales me ayudaron a entender el dolor de Frida, pero sobre todo su valor para seguir trabajando a pesar de estar enferma”.

vendredi 4 septembre 2009

PAS SI CUCU QU'ON CROIT



Cubaine de NY, pour le Cucu, Punk-kitsch-pop pour le Diamantes, voici Cucu Diamantes pour les amateurs de chanteuses latino déjantées. La fille cachée d'Almodovar et de Amy Whinehouse, ex -vocaliste de Yerba Buena pour les connaisseurs, me fait un peu l'effet d'un produit autofabriqué mais finalement sympathique. Elles sont bienvenues ces nanas pimentées qui font du revival des 40 dernières années avec un relooking un peu sauvage( Ladygaga, Beth Diddo, Mika, cherchez l'intruse!).
Bien sûr je prefère écouter les versions originales, La Lupe, Celia Cruz, Ertha Kitt,Chaka kan etc... mais comme nous vivons sous l'ère du réchauffement médiatique, on ne fait pas la moue devant de si jolis cucus, même si los diamantes ne sont pas vrais.

Lien à copier/coller sur Youtube "MAS FUERTE"
http://www.youtube.com/watch?v=4CNbnrqCFDc&feature=fvw

KILLING AN ARAB



Tel est le titre d'un album de the Cures inspiré de "L'étranger" de Camus. De ce roman magnifique Visconti tira un adaptation cinématographique qu'il renonça à diffuser, suite à des démêlés avec la production, des dissensions avec la famille de l'écrivain et une certaine amertume à ne pas avoir obtenu Delon pour le rôle principal.Ceux qui ont vu le film trouveront pourtant que Marcelo Mastroiani est un Meursault très convainquant et que la reconstitution de l'Alger coloniale est toute empreinte d'un charme néo-réaliste qui coincide bien avec l'esthétique du Visconti des débuts. Par ailleurs Anna Karena y campe une Marie Cardona irrésistible.



Les scènes sur la plage, d'amour ou d'assassinat, sont d'une grande beauté tragique et solaire dignes du Camus du splendide "Noces à Tipasa". Certes la seconde partie du film repose sur des scènes de prison et de tribunal qui obscurcissent et alourdissent l'ensemble. Quant au choix de la victime, l'arabe, on y reconnait le talent particulier de Visconti pour le casting... Quel dommage d'achever aussi vite un si séduisant rival!

jeudi 3 septembre 2009