dimanche 30 septembre 2012

CAVAFY SELON YOURCENAR



IGOR MITORAJ "EROS"

Marguerite Yourcenar a traduit les poèmes de Constantin Cavafy et rédigé une " Présentation critique" de l'œuvre de celui-ci . Les conjonctions entre la jeune femme helléniste qui rédigea cet essai à Athènes en 1939, et le vieux poète grec d'Alexandrie sont multiples. En analysant l'essence et le style de Cavafy, Yourcenar connue pour être aussi énigmatique qu'une sphinge, trace en filigrane un autoportrait très révélateur. Ces deux héritiers de "la pensée grecque"  hors frontières spatiales et temporelles, ont tissé des œuvres où les vestiges du passé s'éclairent des feux de la modernité, où l'obsession sensuelle côtoie la quête mélancolique d'une sagesse assumée.


 YANNIS TSACHOURIS

"Les cafés populaires, les rues assombries par la tombée du soir, les maisons mal famées fréquentées par de jeunes figures inconnues ou douteuses, ne sont pas présentés qu'en fonction de l'aventure humaine, de la rencontre et de l'adieu, et c'est ce qui prête une si juste beauté aux moindres esquisses de plein air et d'intérieur. Aussi bien que d'Alexandrie, il pourrait d'ailleurs s'agir du Pirée, de Marseille, d'Alger, de Barcelone, de n'importe quelle grande ville méditerranéenne. Mais une lumière toute grecque continue subtilement à baigner les choses."



Portrait de FAYOUM

"Ces courts poèmes surchargés comme un palimpseste, mais hantés seulement par deux ou trois problèmes de sensualité, de politique ou d'art, fréquentés par un type de beauté toujours le même, vague et pourtant caractérisé à l'extrême, comme ces figures aux yeux ardents des portraits de Fayoum qui regardent droit devant elles avec une espèce d'insistance entêtante, sont unifiés par le climat encore plus que diversifiés par le temps. Ce climat si authentiquement levantin de Cavafy n'est pas sans rappeler l'extraordinaire Orient gréco-syrien deviné ( par quel miracle) par Racine. "



GEORGE GEETER, gardien de Harem

" Que Cavafy nous parle du jeune homme d'Ionie d'avant l'ère chrétienne, "vêtu d'étoffes de soie et paré de turquoises", ou du jeune vagabond en costume cannelle des Jours de 1908, nous retrouvons le même accent, le même pathétique à peine sensible, la même réserve, j'allais dire le même mystère. Les voluptueux ont aussi leur sens de l'éternel."




HERBERT LIST

"La poésie grecque, si intellectualisée qu'en puisse être l'expression, est toujours directe : cri, soupir, éjaculation sensuelle, affirmation spontanée naissant sur les lèvres de l'homme en présence de l'objet aimé." 




Photographie de BRUCE WEBER

" Au premier coup d'œil on peut même se demander si l'amour pour un être en particulier figure dans cette œuvre : ou Cavafy l'a peu ressenti, ou il s'en est discrètement tu. A y regarder de près pourtant rien ne manque : rencontre et séparation, désir inassouvi ou satisfait, tendresse ou satiété, n'est-ce pas ce qui reste de toute vie amoureuse passée au creuset du souvenir? (...) Le geste du poète et de l'amant maniant ses souvenirs n'est pas is différent de celui du collectionneur d'objets précieux ou fragiles, coquillages ou gemmes, ou encore de l'amateur de médailles se penchant sur quelques purs profils accompagnés d'un chiffre ou d'une date, ces chiffres et ces dates pour lesquels l'art de Cavafy montre une prédilection presque superstitieuse. Objets aimés."





ANTINOOS

Joie et parfum de ma vie, ces moments où j'ai trouvé le plaisir, tel que je le cherchais. Joie et parfum de ma vie : cet éloignement de toutes les amours, de toutes les jouissances routinières.


CONSTANTIN CAVAFY

4 commentaires:

Patrick Mandon a dit…

Rares sont les lieux numérisés, cher SBL, comme le vôtre, qui produisent cette impression tenace d'être au plus près de la beauté, du plaisir. On vient ici, et l'on jouit de la simple splendeur du jour qui meurt et de la nuit qui vient.
Votre promenade littéraire et sensuelle en compagnie de Yourcenar, Constantin Cavafy et Herbert List est remarquable.

Pierre a dit…

Les poèmes de Cavafy (découverts grâce à Yourcenar) me font un effet de l’ordre de la violence ! Ce sont des sentiments brûlants, incarnés dans des chairs trop vivantes qui vous tombent dessus (dans un improviste que l’on a recherché) et vous dévorent, sans pitié pour votre faiblesse à leur encontre. Sublime.

Sébastien Paul Lucien a dit…

Merci Pierre, vous avez raison, les poèmes de Cavafy nous blessent et nous brûlent magnifiquement pour peu qu'on s'en approche.
Merci infiniment Patrick pour ce commentaire si gratifiant, (j'en rougis!) Si je peux " diffuser" un peu de cette beauté qui me tombe du ciel à travers ce blog et réjouir des regards experts et amis comme le vôtre, alos c'est un vrai plaisir, à renouveler!

Javier Arnott Álvarez a dit…

Magnífica entrada, excelente maridaje.