jeudi 12 avril 2012

HYPATIE D'ALEXANDRIE


Le splendide film AGORA d' Alejandro Amenabar permet de se pencher sur deux mythes de l'antiquité, celui de la bibliothèque d' Alexandrie, et celui de la mystérieuse mathématicienne-philosophe Hipatie. La mise en scène époustouflante offre l'occasion de contempler des reconstitutions grandioses de cette bibliothèque et d'imaginer la vie d'une grande cité après la chute de l'empire romain. A cette époque la secte chrétienne va grandissant à grands coups de fanatisme et culte des martyrs mettant à mal les autres communautés religieuses et la structure politique héritée des romains. Le climat de superstition et d'intolérance qui régnait alors dans la cosmopolite et éclectique Alexandrie rappelle le village global de notre XXIème siècle, parallèle dont le réalisateur tire un grand profit et qu'il sait habilement mettre en relation avec la réflexion sur notre place dans l'univers.

C'est là du reste la grande préoccupation de l'héroïne, Hypatie, à laquelle Rachel Weisz prête sa grâce et sa beauté : qui de la terre ou du soleil est au centre du cosmos? quelles figures géométriques et quelles lois président à cette immense machine dans laquelle nous sommes "embarqués"? A ces interrogations métaphysiques et politiques s'ajoute une trame romanesque liant les personnages masculins gravitant autour de l'astre Hypatie, tous brillants élèves de la grande philosophe qu'elle fut, et promus à de hautes fonctions politiques ( le préfet Oreste) et spirituelles ( l'évêque Cyrille).
Impossible de ne pas s'arrêter sur le charme incandescent du jeune esclave amoureux Davus interprété par le fils de feu Anthony Minghella, Max Minghella. On regrette seulement que la seconde partie du film ne mette pas en avant ce personnage décevant enfermé dans son amour impossible et sa condition de nouvel affranchi et chrétien.







Par ailleurs on trouve son compte en passions secrètes et impossibles, dilemmes déchirants, jalousie, trahison.... le réalisateur a su remplir selon sa fantaisie les lacunes laissées par l'histoire. La légende d'Hypatie n'en ressort que grandie et ce film à gros budget bien utilisé vient enrichir ce mythe féminin aux multiples interprétations tel que nous le rappelle le philosophe américain John Thorp:

« Hypatie est l'héroïne idéale. Elle était charismatique ; elle mourut horriblement ; elle fut au centre d'un jeu compliqué de tensions politiques et religieuses ; et – la qualification la plus importante pour le statut de héros – en fin de compte nous savons très peu sur elle de façon claire et certaine. Une étoile qui brille, certes, mais vue à travers les brumes du temps et de l'oubli. Nos incertitudes invitent la construction d'une héroïne. L'un des principaux thèmes des études récentes sur Hypatie est précisément la diversité des interprétations de son histoire. Un livre italien, d'Elena Gajeri, portant le titre Ipazia, un mito letterario – « Hypatie, un mythe littéraire » suggère qu'Hypatie, telle que nous la connaissons, est une construction de l'imaginaire plutôt qu'une réalité de l'histoire. »

« Déjà dans l'antiquité tardive elle était une héroïne païenne pour avoir été massacrée par les chrétiens, ou encore une héroïne des ariens pour avoir été massacrée par les orthodoxes, ou encore une héroïne des chrétiens de Constantinople pour avoir été massacrée par les chrétiens intempérants d'Alexandrie. Plus récemment elle s'est vue traiter d’héroïne anticléricale, victime de la hiérarchie ; héroïne protestante, victime de l'église catholique ; héroïne du romantisme hellénisant, victime de l'abandon par l'Occident de sa culture hellénique ; héroïne du positivisme, victime de la conquête de la science par la religion ; et, tout dernièrement, héroïne du féminisme, victime de la misogynie chrétienne. Femme polyvalente ! »


« Vous avez donc, chez Hypatie, tous les éléments idéaux pour une histoire captivante : il y a le fait exotique, dans l'antiquité, d'une femme mathématicienne et philosophe ; il y a son charisme indéniable ; il y a l'élément érotique fourni par sa beauté et par sa virginité ; il y a le jeu imprévisible des forces politiques et religieuses dans une ville qui a toujours connu la violence ; il y a la cruauté extraordinaire de son assassinat ; et, en arrière-plan, le sentiment profond d'un changement inexorable d'ère historique. De plus il y a notre manque d'informations claires et précises sur elle, ce qui permet aux fabricants de légendes de remplir les lacunes comme ils veulent »



1 commentaire:

Javier Arnott Álvarez a dit…

Creo que a día de hoy esta película es la mayor superproducción de la cinematografía española,por desgracia y teniendo en cuenta los recortes ya a aprobados dudo que volvamos a ver semejante despliegue de medios.