samedi 31 mars 2012

LE SEXE ET L'EFFROI


Extraits de l'œuvre de Pascal Quignard "Le sexe et l'effroi"
Photographies de Mimmo Jodice.

"Je cherche à comprendre quelque chose d'incompréhensible: le transport de l'érotisme des grecs dans la Rome impériale (...) la métamorphose de l'érotisme joyeux et précis des grecs en mélancolie effrayée. Cette mutation n'a mis qu'une trentaine d'années à se mettre en place ( de -18 avant l'ère à 14 après l'ère) et néanmoins elle nous enveloppe encore et domine nos passions."


"La beauté est du dieu arrêté. C'est offrir aux êtres l'hospitalité de l'oisiveté et du silence ( de l'otium et de la quies) qui guettent dans la mort qui approche. La "grande image" est la sculpture dans la tombe. La question de la peinture est : comment apparaître comme un dieu apparaissant dans son instant éternel?"


"Boire, manger, ces désirs-là se comblent et le corps absorbe plus que l'image d'eau ou l'image de pain. Mais de la beauté d'un visage, de l'éclat du tein, le corps ne peut rien absorber. Rien: il mange des simulacres, des espoirs extrêmement légers que le vent rapte. De même un homme que la soif dévore au milieu de son rêve."


"Il y a trois figures ailées : Hypnos, Eros, Thanatos. Ce sont les modernes qui distinguent le songe, le fantasme et le fantôme. A la source grecque ils sont cette unique et identique capacité de l'image dans l'âme, à la fois inconsistante et effractrice. C'est trois dieux ailées sont les maîtres du même rapt hors de la présence physique et de la domus sociale. Perséphone ravie aux Enfers et Hélène ravie dans Troie forment un même rapt par lequel le songe, le désir et la mort sont indistincts dans leurs effets. Sirènes et sphinges sont les mêmes puissances rapaces, soit qu'elles enlèvent dans le rêve, soit qu'elles ravisset dans le désir, soit qu'elles dévorent dans la mort. Le sommeil est même un dieu plus grand que la mort et le désir. Hypnos ( le sommeil) est le maître d'Eros et de Thanatos puisque le plaisir masculin ravit les hommes dans le sommeil comme la mort les y éternise."



" Le désir est le contraire de l'ennui, de l'épuisement, de la satiété, de l'endormissement, du dégoût, de la flaccidité. Tout conte, tout mythe, tout récit vise l'exaltation du désir et porte son combat contre la jouissance.(...) L'art préfère toujours le désir. L'art est le désir indestructible. Le désir sans jouissance, l'appétit sans dégoût, la vie sans mort."



"Lors de la dénudation de l'homme, c'est le sexe qui pour la femme se voit trop, dans une exhibition excessive, érigée, si visible qu'il pousse le regard féminin à s'en détourner, à demeurer périphérique, à se confier à la latéralité."

"La volupté peut se définir: l'humain qui fait corps avec la vie. Dans l'étreinte, le plaisir se sent lui- même. le plaisir qui se sent lui-même, tel est le bonheur. Rien dans la douleur ni dans la pensée ne peut être comparé à cet expérience totalisante."

"Il ne faut pas souhaiter longue vie aux humains. Il n'y a pas " plus de temps" dans une vie longue ou brève. Seul compte l'instant maximum dans sa présence pleine. "

1 commentaire:

Javier Arnott Álvarez a dit…

Gracias por los descubrimientos, autor y obra y por el fotógrafo, genial !!!