mardi 13 mars 2012

UNE CHAMBRE AVEC VUE


Ma rétrospective James Ivory continue, je ne me lasse pas du Visconti américain et je tombe de nouveau sous le choc de son film le plus populaire "Une chambre avec vue" tirée du roman de E.M Forster. La nostalgie de mon récent voyage à Florence y est évidemment pour beaucoup mais je succombe aussi à cette histoire d'apprentissage sentimental filmé avec tant de grâce. L'Italie rêvée, celle-là sublimée par le regard étranger, étale tous ses charmes dans cette œuvre illuminée par le soleil de Toscane, les rives de l'Arno, les pierres de la renaissance florentine ou autres beautés locales entraperçues.





Helena Bonham Carter est Lucy Honeychurch, "l'anglaise transfigurée par l'Italie" déchirée entre sense and sensibility, âme romantique et tourmentée qui voudrait trouver une impossible paix dans existence tranquille mais que la passion, après bien de tortueux détours finit par emporter. Ce film est l'occasion que nous offre Ivory de contempler son émouvant visage de vierge pré-raphaëlite.




Le film demeure inoubliable pour cette scène inédite sur nos écrans en ce temps-là ( 1986): des hommes nus au bain dans une clairière, s'ébrouant et batifolant parmi les gerbes d'eau et les roseaux, moment de joie dionysiaque dans une société experte en refoulements. Peut-on concevoir une vision plus édénique et exultante de vitalité et de débordement sensuel que celle-ci? Cet érotisme du temps de l'innocence et aussi une fontaine de jouvence pour l'original révérend qui accompagne les aventures sentimentales des protagonistes, et qui se transforme dans cet étang des délices en un faune euphorique. On songe aux langoureux baigneurs sur la rive d'un Cezanne, Manet ou Alexandre Cabanel.





Rupert Graves qui incarnait le rustique amant de Maurice, est ici Freddy, le frère de Lucy plein de fougue et d'ambigüité qui laisse flotter dans l'air ses brunes mèches d'étudiant bohème et le reste à l'avenant...

Julian Sands est le beau George Emerson, personnage aussi séduisant qu'imprévisible, jeune anglais excentrique, aventurier, athée, un rien frappé par le soleil toscan qui pose de magnifiques points d'interrogations à la destinée sentimentale de Lucy. L'intensité et le charme de l'acteur suffisent à rendre ce film magnétique.


Daniel Day-Lewis campe Cecil un parfait gentleman anglais, fiancé féru de littérature, sans connexion avec les êtres vivants, maladroits jusque dans ces baisers. Il rêve de posséder Lucy comme on possède une œuvre d'art, un Leonardo. Comment ne pas penser au narrateur de La recherche de Proust face à son Albertine? Day Lewis en a l'allure et le caractère tragi-comique.

L'excellente Maggie Smith, "the poor Charlotte" chaperonne au romantisme déçu, figure de la frustration et du renoncement au bonheur au nom des convenances victoriennes , dormant seule avec vue sur nothing. Mais tout conduit au tant espéré happy ending, romantique à souhait, avec a double room with an amazing view sur l'Arno.... La passion sous le ciel d'Italie enfin retrouvé. On respire, on vit, l'horizon est grand et lumineux comme un coeur qui aime librement.

2 commentaires:

Javier Arnott Álvarez a dit…

Que recuerdos !!!, tanto fílmicos como de Florencia.....soñaré un poquito y tal vez recupere ciertas ilusiones perdidas.

St Loup a dit…

Très jolie vue sur cette chambre avec vue, sorte de délicieuse mise en abîme...