samedi 3 mars 2012

YANNIS TSAROUCHIS


Peintre grec de la génération de 1930, l'oeuvre de Yannis Tsarouchis propose un dialogue original et méconnu entre l'héritage classique grec et la modernité populaire de son pays, dans la droite ligne d'un Constantin Cavafy, poète qu'il illustra par ailleurs.Fortement influencé par l'art français (Ingres, Courbet, Delacroix) et les expérimentations de la peinture moderne ( Matisse, Mondrian, Kandinsky) sa renommée fort répandue en Grèce ne dépasse guère les frontières de sa patrie. Au-delà du caractère périphérique de la Grèce dans l'histoire de l'art moderne qui la condamne comme de nombreux pays à une sorte d'embargo critique des capitales culturelles, faut-il voir dans sa représentation quasi-exclusive du corps masculin et de l'iconographie qu'on dit homo-érotique une des explications de cette " marginalité" picturale?

Alors que l'histoire de la peinture a établi dans le bon goût bourgeois les filles de joie, baigneuses, danseuses légères, demoiselles alanguies comme motifs obligés et même conventionnels, pourquoi le corps masculin célébré dans sa franche sensualité et s'offrant au regard avec toute sa charge érotique suffit-il à reléguer le peintre qui s'attache à en souligner la beauté dans la catégorie "art gay"? Vaste problématique qui en dit long sur les codifications de nos sens et de nos jugements et qui touche à la question de genre.



Les jeunes hommes endormis ou se déshabillant de Tsarouchis confrontent leur visage rêveur ou leur demi- nudité à une tradition méditerranéenne qui intégrait et célébrait jadis les kouroi, éphebes, athlètes et autres guerriers. Le choix des uniformes contrastant avec la peau mise à nue n'est-il pas une occasion de confronter la rigidité des codes sociaux et les insignes oppressifs du pouvoir avec le culte de la liberté et de l'authenticité des passions si propre à l'hellénisme? L'éros selon Tsarouchis est une invitation à l'abandon et à la langueur, au dépouillement, une escale à Cythère dans une traversée violente de l'histoire politique grecque marquée par les conflits frontaliers, les guerres civiles, la dictature et la répression.





A la décadence sociale et citoyenne d'une Grèce déjà ruinée et épuisée, s'oppose la paix languide et lumineuse des vigoureux garçons peints par Yannis. Sa volonté de représenter la jeunesse grecque qui hante les tavernes du Pirée et les quartiers populaires à l'éclairage de l'histoire de l'art hellénistique, oriental ou selon des pastiches des grands maîtres, est une affirmation du pouvoir de la beauté sur le temps et les préjugés sociaux. Le métissage des costumes anciens et des pauses académiques avec la désinvolture des corps et des accessoires contemporains du désir (slips, baskets, maillot de corps, T-shirt) offre dans certains tableaux des trésors d'ironie et de tendre perversité.



La variété de ses techniques et des ses inspirations (portraits de Fayoum, céramiques et mosaïques athéniennes, fresques de Pompéï, icones byzantines etc...), la vitalité des couleurs, les touches d'expressionnisme solaire, son goût pour le théâtre d'ombres, tous ces éléments qui dominent la production de Tsarouchis, imposent son style à la fois profondément grec par les références au patrimoine antique et à l'univers populaire local, mais aussi universel de par son souffle libertaire et sa sensualité de feu. Grèce éternelle oblige!

A lire, un article très précis de Olivier Delorme, spécialiste du peintre:
http://www.polychromes.fr/spip.php?article33


1 commentaire:

Javier Arnott Álvarez a dit…

Un pintor al que hace tiempo dediqué una entrada y que me sigue fascinando, justamente por esa sabia forma en que conjuga la tradición helénica con la contemporaneidad.