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dimanche 8 novembre 2009

LE GLANEUR

Volés sur des blogs favoris (désolé et merci!)ou de mes liens facebook, les textes et images suivantes, au petit bonheur du hasard des connexions...


JEAN GUIDONI

lien :http://pepitotheque.blogspot.com/

LES SOLITAIRES INTEMPESTIFS

"Nous avons trente ans.
Nous croisons parfois quelques gamins qui nous disent : "de ton temps..."
Nous sommes nés à la fin de la Guerre Froide, nous parents ont l'âge de Brigitte Bardot, Johnny Hallyday et Pierrot le Fou.
Ils auraient l'âge de Jean Seberg si elle avait voulu.
Nous sommes les petits frères des fameux enfants de Marx et de Coca-Cola et nos écoles sont restées fermées pendant le mois de mai 1968.
Nous sommes devenus sans nous en rendre compte les aînés de la Génération morale.
Nous faisons l'amour en pensant à la Mort et nous sommes inquiets de la Paix.
Nous sommes Fabrice à Austerlitz : nous ne voyons rien des batailles et des réalités du monde.
Nous sommes amusés de notre propre nostalgie. Nous sommes nourris de nos livres et des livres de ceux qui nous précédèrent.
Nous aimons les chansons qui nous parlent de chansons et les films qui nous parlent de cinéma.
Nous marchons paisiblement dans la peur et la beauté des catastrophes ou des utopies les plus terribles.
Nous ne sommes faits que des souvenirs qu'on nous inculqua.
Nous ne sommes pas des références."


Jean-Luc Lagarce

Lien: page Anna Prucnal de Facebook



photo extraite de LES QUATRE JUMELLES de COPI mis en scène par Jorge Lavalle en 1973

Lien :http://stloup.blogspot.com/

Walter Benjamin dit quelque part que la première expérience que l’enfant a du monde, n’est pas que “les adultes sont plus forts, mais qu’il est incapable de magie”. Cette affirmation faite sous l’effet de la mescaline, n’en est pas moins exacte. Il est probable en effet que l’invincible tristesse dans laquelle sombrent parfois les enfants naisse précisément de cette prise de conscience qu’ils ne sont pas capables de magie. Ce qu’il nous est donné d’atteindre à travers nos mérites et nos efforts ne peut nous rendre véritablement heureux. Seule la magie en est capable. C’est ce qui n’avait pas échappé au génie infantile de Mozart. Dans une lettre à Bullinger, il indique avec précision la secrète solidarité qui lie la magie et le bonheur : “Vivre bien et vivre heureux sont deux choses différentes, et la seconde, sans magie, ne m’arrivera certainement pas. Pour que je sois heureux, il faudrait qu’arrive quelque chose de vraiment extérieur à l’ordre naturel.“

Giorgio Agamben, “Magie et bonheur” dans Profanations, Paris, Rivages, 2006

dimanche 1 novembre 2009

UNE VISITE INOPORTUNE



Que penser de la mise en scène de l'oeuvre de Copi qui se donne à Buenos-Aires sous la direction de Stephan Druet, spécialiste d'opérettes et d'Offenbach?
Que Moria Casan, la monstrueuse ex-vedette de cabaret occupe immensément la scène de toute sa présence freak sans vraiment donner de nuances à sa performance. Dévorée par son personnage outrancier, elle CAMPe une infirmière opiomane et pornographique, jouant honorablement les deux notes que la nature et la chirurgie plastique lui ont octroyé: le grotesque et le vulgaire. Bien sûr ces registres correspondent aussi à l'univers de Copi, dramaturge sur lequel je m'interroge encore et dont je n'ai pas déchiffré le génie qu'on claironne à tout bout de champ.



Certes la mise en scène hyper-spectaculaire ( interventions musicales parodiques surnuméraires et inégales, jeux de lumières, effets sonores, hystérie de mouvements...) ne permettent pas vraiment de savourer le texte, exécuté à la mitraillette. Il manque une intensité tragique dans cet opéra bouffe sur la mort qui cherche à maintenir un rythme trop frénétique.
Le protagoniste, tout comme Copi au moment de l'écriture, est atteint du Sida et en phase terminale. La visite inoportune est celle de la Mort sous les traits de Regina Mortis, cantatrice drag italienne magistralement interprétée par Jean-François Casanovas qui après avoir fait les grandes heures de l'Alcazar à Paris dans les années 70 s'est installé en Argentine. Sa performance est parfaite et absolument irrésistible. On sent l'esprit d'Alfredo Arias planer sur tout le spectacle et Casanovas s'amuse à parodier la grande Marilu Marini avec des attitudes désopilantes! Sa figure savamment composée est dans le style exact de la ligne donnée par Copi, transformiste à ses heures:



La Casan face à cette figure impeccablement exécutée fait penser à un clown rouge, caricature d'elle-même, condamnée à rouler des hanches et sortir ses deux énormes tetas comme un travesti décadent des bosques de Palermo.
Enfin le premier rôle est une erreur monumentale de distribution. Trop jeune, trop petit, trop peu charismatique il est complètement effacé par les bêtes de scène que sont tous les seconds rôles eux parfaitement distribués. Pour jouer le double de Copi il fallait un acteur mûr et capable d'ironie, de sarcasme... pas le petit copain du metteur en scène!
Globalement il n'est donc pas inoportun de faire une visite à la ciudad Konex pour voir ce freak show divertissant où d'excellents moments sauvent malgré tout le spectacle.