jeudi 7 avril 2011

CLIFT AND LIZ IN THE SUN

"Une place au soleil" est une lumineuse occasion de revoir le couple Taylor/Montgomery dans tout l'éclat de leur jeunesse et de leur talent. Le film vaut surtout pour le visage angoissé de Clift et la candeur érotique de Liz, joue contre joue valsant le temps d'un été dans un rêve de bonheur aussitôt brisé. Le moralisme américain innonde toute la pellicule. La pauvre fiancée engrossée de Clift mérite bien un coup de rame dans la gueule et de finir au fond du lac. Et en plus j'aurais voulu que cet ambitieux vélléitaire épousât sans remords la blanche Liz et finît par la tromper avec les employés crasseux de l'usine à beau-papa. Mais il fallût qu'on en fît de la chair éléctrique. Consolons-nous avec ses screen-captures!








samedi 2 avril 2011

LE JOUR SE LEVE

Je reprends le chemin de l'univers de Marcel Carné et Jacques Prévert dont j'aime le réalisme poétique, les scénarii aux mélodrames mesurés, les images parfaitement photographiées, les acteurs si éblouissants dans leur sincérité qu'ils nous paraissent tous si familiers. Arletty qui est un poème à elle seule, "pas belle, mais vivante" comme elle se décrit en une sublime réplique, sa présence d'éternelle fille du peuple, gouailleuse mais raffinée dans ses sentiments, drôlement dramatique et toujours sur la bréche entre l'humour triste et la mélancolie pétillante. Son visage et ses intonations dans "Le jour se lève" atteignent un niveau d'émotion parfaite. Il faut la contempler quand elle regarde avec des yeux de merlan frit le visage fermé de Jean Gabin, amant de passage et impossible amour.

Tout est dit dans ces yeux-là du bonheur d'aimer et de la fragilité de cet état furtif. C'est bien de cela qu'il est question dans ce film, du désir de voir se lever un jour idéal et pur sur une existence noire de fatigue, de douleurs et de dégoûts. Chacun y cherche sa petite parcelle de bonheur, chacun vient s'abreuver dans les yeux de l'autre de cet espoir d'un amour possible, de quelque chose de propre dans ce monde sans scrupule pour les entichés d'idéal. Evidemment le jour se lèvera avec une aube aussi rose que cruelle, corrompu dans ses premiers éclats, après une nuit obscure et tourmentée qui empeste la mort. C'est en fait une tragédie prolétarienne pour un homme incarcéré, un homme qui a eu le mauvais goût de croire en un rêve d'amour et de bonheur, lui qui n'était qu'un pauvre gars malmené par l'existence et abîmé dans les pires travaux. Il y a toujours quelqu'un pour venir frotter ses souliers crottés sur votre petit lit blanc. Et cela suffit pour commettre son petit crime pas prémédité contre le monde et contre soi.
Un film vraiment bouleversant et parfaitement abouti. Les dialogues de Prévert sont des tours de force de simplicité et profondeur morale. Jean Gabin est au sommet de son art et de sa maîtrise de sa gueule d'amour qui une fois perdue le rendra insupportable, cabot et pesant.
On a dans ce film l'occasion de subir le charme de ce visage de Gavroche qui se mêlait à ceux d'Arletty et de la divine fausse ingénue Jacqueline Laurent.

Le grandiose Jules Berry campe un abominable dresseur de chiens et de demoiselles qui avec ses airs de dandy veule et de bellâtre concupiscent me semble cacher d'autres tendances que Carné adorait crypter dans ses films. Que vient-il faire en fait dans la chambre de Gabin le soir, à le harceler, le provoquer, lui parler de sa jeunesse et de la sympathie qu'il aurait suscitée chez son rival? Il y a là des désirs rampants et refoulés que cachent mal le beau veston blanc, le manteau pied de poule et la lèvre humide de l'intrigant.

Mais laissons ses supputations et contentons-nous de regarder ces plans figés dans notre douce mémoire en noir et blanc...

FARLEY FAREWELL GRANGER

Les étoiles hollywoodiennes s'éteignent une à une. Celle de Farley Granger brillait avec discrétion depuis quelques années mais on captait encore l'éclat de sa lumière lointaine à travers les films de Hitchcock ou Visconti où il s'illustra. Son physique de beau brun lui valut des rôles de séducteur élégant et ambigu, débordant d'une sensualité obscure et parfois perverse.


C'est dans ce chef d'oeuvre qu'est "La corde" ou "Rope" du père Alfred que Granger donne la pleine mesure de sa personnalité trouble et de son art de suggérer d'obscures inquiétudes sous un visage d'ange. On a déjà tout dit et analysé sur ce film magistral, tourné en 9 plans séquences où l'art du crime et de la dissimulation devient une métaphore de la sexualité cachée et refourguée au placard entre garçons anglo-saxons. Chaque plan et chaque réplique sont des exercices de haute virtuosité dans le double-sens et l'ironie. Je renvoie les plus curieux à l'excellente analyse de Clément Graminies sur ce lien :

On se contentera ici du souvenir du beau visage lumineux ou tourmenté de Farley dans ses heures de gloire.

Je garde une particulière tendresse pour son interprétation vénéneuse du beau salopard qu'était cet officier autrichien faisant perdre la tête à la Comtesse Alida Valli dans le flamboyant SENSO de Visconti, qui avait l'oeil pour dénicher les jeunes premiers.

lundi 28 mars 2011

L'AIR DE PARIS

Un film très agréable à regarder du divin Marcel Carné qui n'a jamais été aussi loin dans la déclaration de ses goûts. Ce film fait la part belle à son acteur fétiche Roland Lesaffre. Sorte de Jean Marais tardif, véritable ex-militaire et boxeur reconverti en acteur sous l'aile protectrice et amoureuse du réalisateur. C'est amusant de voir Gabin en manager bourru essayant en vain de dissimuler les motivations secrètes de sa passion pour sa graine de champion. Les dialogues impeccables de Prévert ne laisse planer aucune ambigüité sur la nature de cet attachement dont la encore belle Arletty tire une jalousie d'épouse outragée et résignée. Une romance entre le ring et les boutiques d'antiquaire qui n'a rien perdu de ses charmes.



EXTRAIT DE LA RENCONTRE : http://www.youtube.com/watch?v=icQvbogPvN4

Pour en savoir plus sur Roland Lesaffre:
http://www.marcel-carne.com/la-bande-a-carne/roland-lesaffre/1981-roland-lesaffre-la-fidelite-dans-le-talent-cine-revue/


dimanche 27 mars 2011

mercredi 23 mars 2011

DIAMONDS ARE FOREVER


La dernière étoile du cinéma mondial vient de s'éteindre. Liz Taylor alliait la beauté pure à un art de l'autodestruction qui en fit une icone du romantisme hollywoodien. Actrice aussi scintillante et tranchante qu'un diamant, elle est aussi éternelle que ces joyaux qu'elle aimait tant.
Inoubliable dans "Une place au soleil", "Soudain l'été dernier", "Une chatte sur un toit brûlant", "Qui a peur de Virginia Woolf?" et bien d'autres encore, elle incarne un destin d'actrice fulgurant, fait de triomphes et de douleurs, de scandales et de glamour, d'excès en tous genres qui la placent d'emblée très haut dans le panthéon des héroïnes tragiques du cinéma.
Quand on naît avec un pareil regard on ne peut que s'attirer les foudres de la gloire, et visiter ses climax et ses abîmes. Liz ou une certaine idée du vertige.