mercredi 8 octobre 2008

BAZILLE ET SES BAIGNEURS



A cause de la mort qui le cueillera à 29 ans sur un champs de bataille, Frédéric Bazille est considéré comme un impressioniste mineur. Venu du Languedoc lumineux, il fréquentera à Paris les peintres de renom comme Courbet et Auguste Renoir dont il réalisera un audacieux portrait à califourchon sur une chaise! Mais c'est avec Les baigneurs qu'il impose sa douceur mélancolique, sa sensualité naturaliste. Une clairière, l'été, des amis au bord d'une source, un jeune homme adossé contre un arbre tel un saint Sébastien sorti d'un conte de Maupassant. Une partie de campagne où tout miroite, la lumière, la fontaine, la peau, les regards... A mes yeux un idéal de cadre et de vie que l'art de Bazille a su fixer à merveille. Cette toile reproduite en grand poster a longtemps décoré mes chambres. Un jour le cadre en verre s'est brisé, un déménagement hâtif me l'a fait abandonner à Rio de Janeiro. Je l'ai photographiée et elle ne me quitte plus. Quand je veux penser à ce qu'il y a de beau dans la vie, je la contemple quelques instants. Comme on boirait à une source.

mardi 7 octobre 2008

SOY EL GAUCHITO GIL


D'un voyage à Cordoba et ses sierras je rapporte une image essentielle.Un hommage au Gauchito Gil , figure de dévotion populaire à laquelle les automobilistes dressent des autels propitiatoires sur le bord des routes. Un héros crapuleux devenu illustre et sacré qui exprime un aspect de l'imaginaire argentin! Voici la légende complète pour les hispaniques:
« Un 8 de enero de hace 130 años un piquete policial emboscó al Gauchito Gil en una zona rural cercana a Mercedes y allí le dieron muerte.Cuenta entonces la leyenda que antes de morir, él le hablo al policía que le había disparado: “Vos tenés un hijo enfermo le dijo- cuando vuelvas a tu casa va a estar sano, a pesar de que me mataste”.Cuando el policía volvió a su casa se encontró con que su hijo, gravemente enfermo, estaba curado; y ése fue el principio de una serie interminable de supuestos milagros que se le atribuyen hasta nuestros días.La leyenda no concluye allí: el policía que le había dado muerte y un grupo de lugareños, decidieron darle sepultura en el mismo lugar donde murió; y allí le erigieron una cruz, que se constituyó en un símbolo, a la cual señalaron con un trapo rojo, característico de los gauchos, que se convirtió en su estandarte inequívoco. Sin embargo esa tumba, estaba ubicada en la estancia de una familia importante y a su propietaria no le gustó que ese “gaucho ladrón” estuviese enterrado en su tierra, por lo que presionó sobre las autoridades del lugar para que el cuerpo fuera trasladado al cementerio. Así se hizo y esto provocó una inmediata reacción de los lugareños, quienes comenzaron a manifestar que “el Gaucho Gil se vengaría de tal afrenta”.Poco tiempo después la estanciera comenzó a padecer problemas económicos y de salud que hicieron su vida imposible, hasta que finalmente aceptó que el cuerpo de gil retornara a su asentamiento original y en ese momento –cuentan- cesaron todos los males. Desde entonces el santuario creció al borde de la ruta nacional 123 y es el paraje obligado de todos aquellos que tienen una mínima creencia, ya que no son pocos los que se detienen “por las dudas”, temiendo que de no hacerlo, sufran algún contratiempo en su viaje. »
Admirez la scénographie dramatique et la plasticité de cet autel improvisé par mille mains anonymes!

GATTOPARDO

En ce moment je suis cerné par les tigres, borgésiens ou lampedusiens!La lecture de "Le guépard" de Lampedusa a été le choc romanesque de la saison. Voilà l'unique roman d'un aristocrate épris de littérature qui attend ses dernières années pour écrire son oeuvre et meurt sans l'avoir vu publiée, mais avec l'apaisement de l'artiste qui a accouché de son morceau d'éternité. Le roman ressemble à un des ces grands palais siciliens où l'action se situe, immense, baroque, décadent, pompeux, grave malgré la frénésie sensuelle qui le parcourt. Mysticisme, désenchantement de l'histoire, choc des classes sociales et des corps embrasés... L'écriture y est sauvagement libérée dans tous ses excés de lyrisme flamboyant, d'ironie cruelle, de quête de lucidité finale. Le film de Visconti visionné aprés la lecture semble presque pâle, empesé et trop révérent, à côté de la fulgurances de certaines pages de Lampedusa, comme celle de la visite des pièces inconnues du château par Tancredi et Angelica (Delon et Cardinale dans l'adaptation cinématographique) ou de la mort du vieux félin Salina. Bon je suis sévère et injuste, la seule vision de l' image ci-dessus suffit à élever le film à la hauteur du roman!

AME CATALANE



De retour de Barcelona mon amie Céleste me ramène un joyau, l'album Descglaç de Miguel Poveda. Interprète catalan des grands poètes contemporains, ce chanteur fait aussi preuve d'une versatilité incroyable qui lui permet de passer du bolero, au tango, du fandango à la burleria... Entre flamenco, jazz et création originale. Récemment invité avec Buika (autre découverte tardive!) à recréer avec un orchestre les chansons des BO d'Almodovar ( voir Blog de celui-ci) il semble avoir envoûté l'audience. On demande à entendre et à voir en vivo!

YO SOY MARIA


Pour oublier la décevante mise en scène de "Maria de Buenos-Aires" à l'affiche du magnifique théâtre Cervantes de la même cité, rappelons-nous le bon souvenir d' Amelita Baltar qui en immortalisa l'enregistrement ou celui plus récent de Misia qui assuma le rôle en 2007 à Lisboa.
Drôle d'operita que cette Maria... au croisement du musical et de l'oratorio, du poème et de la tragédie lunfarde. Sur scène la présence d'Horacio Ferrer auteur du livret méritait le déplacement... mais la scénographie à coups de projections d'images digitales kitschs et le jeu statique des acteurs et récitants ont englué la représentation dans un ennui que seul a secoué la musique de Piazzola.
Dans les dorures ternies du Cervantes, l'avant-guardiste operita aux parfums del arrabal est devenue une vieille rombière de Recoleta aux traits tirés... L'oeuvre surgie des faubourgs de la poésie et du théâtre expérimental est transformée en un monument officiel et sinistre. Réveille-toi Maria!

UN SAMI A QUI L'ON VEUT DU BIEN



Voilà un visage et une voix qui traversent depuis quelques années les films les plus intéressants du nouveau cinéma d'auteur francophone. Sami Bouajila hante de sa présence magnétique des oeuvres fortes et originales comme "Les témoins" de Téchiné, "Drôle de félix", "Vivre me tue", ou "Pas si grave"... C'est Abdelhatif Kechiche mieux que quiconque qui a su le "mettre en lumière" dans son premier opus "La faute à Voltaire". Il faut le voir réciter dans le métro le "Mignonne allons voir si la rose..." de Ronsard aux côtés d'une Elodie Bouchez déjantée! Grave, sensuel, chaleureux, mélancolique ou solaire, il a tout ce qu'on peut attendre d'un ...premier rôle masculin. A suivre...

LA NOUVELLE POMPEI



Nahuel Vecino est un jeune artiste peintre argentin découvert à la grâce d'une exposition au centre culturel de Recoleta à BsAs. Sous le titre"Pompeya" est présentée une série de gouaches, huiles et dessins sur des supports variés quii mettent généralement en scène de jeunes garçons en tenue sportive ou des demoiselles oniriques, tous mis en relation avec un environnement maritime ou silvestre chargé de symbolismes divers. Pompeya désigne à la fois les peintures fascinantes de l'antique villa des mystères (laquelle semble une référence majeure pour Vecino), qu'aussi bien le quartier populaire Nueva Pompeya de la périphérie de BsAs où l'artiste a puisé l'inspiration de ses figures d'adolescents prolétaires et sportifs. On songe à un art naïf urbain, à un croisement étrange entre un Giotto et un auteur de comics des années 6O, à la rencontre entre Frida Kalho et Martine (oui l'héroïne des livres d'enfance!) ou encore à un mix d'iconographie sacrée et d'un catalogue de prêt-à-porter sportif pour élèves de collèges catho! Les créatures de Vecino ont des attitudes extatiques et mélancoliques à la fois. Un érotisme subversif les traverse en même temps qu' une mise à distance esthétiqueparvient à les élèver au rang de figures mythologiques : jeunes héros offerts à de futurs sacrifices, déesse ou nymphe condamnées à de terrestres amours... Séduisant, ironique, troublant et suranné, l'art de Vecino n'en demeure pas moins contemporain dans sa capacité à détourner les images et à nous interroger sur l'usage que nous en faisons.