dimanche 2 novembre 2008

SAUDADES DO BRASIL



SAVOURE


Un peu de sable sur ta barbe
De trois jours
Un goût de sel
Et de rhubarbe
Que je savoure

L’amour a des pinces de crabes
Et quand j’accours
Il file au fond d’un trou minable
Crie au secours

Le jour a un goût de citron
L’odeur du rhum qui se pavane
Au fond d’un verre, cœur de glaçon
Qui fond sous ton sirop de canne

La vie me fait l’effet
D’un cocktail coloré
Que j’aurai bu trop vite
La mer et mes pensées s’agitent
Lorsque tu glisses au creux des vagues
Comme à mon doigt glisse ta bague

Là-haut le soleil fait mumuse
Sur ta peau noire de velours
Tu as des baisers de méduse
Amour et comm’ je les savoure

A la surface de l’amour
Je flotte et je fais la planche
Mais aux profondeurs de ton cœur
Je sens que je coule et je flanche

vendredi 31 octobre 2008

SON NOM EST GAL



Parmi les voix féminines que je désirais entendre "ao vivo" Gal Costa figurait en bonne position! C'est chose faite depuis hier soir car j'ai pu l'applaudir au théâtre Gran Rex de Buenos-Aires où elle donnait une récital pour guitare et voix dédié aux grands succés de sa carrière et à un inévitable hommage à la Bossa Nova dont on célèbre les cinquante ans. Le show fut un enchantement total. Une Gal rayonnante et en pleine maîtrise de sa voix dont les fêlures et miaulements ont un charme inoui, un répertoire étourdissant de chansons plus belles les unes que les autres, portées par l'unique guitare d'un musicien hors pair (son nom m'a échappé, mais chapeau!)...un public conquis d'avance qui dans un touchant portuñol accompagnait à l'unisson les grands standars: "Corcovado", "Desafinado", "Vatapa", "Festa do interior"... C'est merveilleux de voir comment les vibrations de cette musique brésilienne parcourent une salle de trois mille personnes et parviennent à créer une bulle d'intimité si fragile que chacun retient son souffle puis laisse éclater sa joie en chantonnant naïvement. Il y a un véritable et inépuisable miracle de la bossa nova, puis du tropicalisme qui ont fait naître tant de chansons essentielles car aussitôt communiquées à nos affects, notre mémoire, nos rêves. Pour moi chacune est une carte postale de ma vie brésilienne, lumineuse, éternelle, toujours fluide dans mon sang, toujours source de joie et de saudade...
A fleur de peau et par radiations caressantes, comme le soleil avec ses rayons, c'est ainsi que ces chansons nous touchent, nous atteignent et nous marquent d'émotions où l'on ne sait plus si les larmes sont dues à des douleur sourdes ou un état de grâce. On ressort purifié d'un pareil récital, plus léger et plus juste, plus en harmonie avec le monde à l'image de ce que sont ses chansonnettes de la bossa nova, ce "truc nouveau" qui n'en finit pas de nous donner le goût de l'éphémère Felicidade...


un extrait volé du concert à Buenos-Aires

http://www.youtube.com/watch?v=jQxUH0wPUN8

Gal dans sa splendeur tropicaliste avec Tom Jobim au piano

http://www.youtube.com/watch?v=zY_0a9DUhIQ

jeudi 30 octobre 2008

SOEUR EMMANUELLE DE CUBA

Non ce n'est pas une canonisation nouvelle en provenance de cette île ravagée par un totalitarisme obsolète et moribond! Mais plutôt une "beartification" de la belle Emmanuelle, la Fidèle à la vraie liberté de mouvoir son corps et de faire voyager nos pensées les plus émancipées! La Béart, belle et béante dans un livre de photos de Sylvie Lancrenon qui semble fait pour nous faire transpirer et défaillir comme le vrai soleil caraïbe. L'actrice s'y livre, s'y libère, s'y offre avec une générosité qui n'est pas que charnelle. Cette manière de se donner et de faire de son corps une baie (non pas aux cochons!) mais à tous les abordages érotiques me semble le prolongement naturel, voire le principe même de son métier d'actrice et de son essence, j'allais dire féminine, mais je rectifie, humaine tout simplement. Le nu, quand il découle d'une anatomie aussi favorisée par la nature, où se lit la santé, l'harmonie (même aidée par les bistouris!), la sensualité à fleur de peau, me semble devoir faire l'objet d'un culte le plus massif. (pas de mauvais jeu de mot ici, please!).C'est un gros coup publicitaire certes, mais il est aussi un éloge de la femme de quarante ans, de l'intimité érigée en valeur absolue quand elle est cultivée avec douceur, langueur et délicatesse.

Elle montre son cul? Oui et nous lui disons bravo et merci car c'est bien là ce que la nature nous a donné de plus tendre et attractif, un cadeau à soigner et à faire partager. Le vrai communisme commence ici-bas, qu'on y pense à Cuba aussi! On ne peut que célébrer un si célèbre cul qui nous incite par ses rondeurs à déployer des trésors de tendresses et d'envies de caresses. Soeur Emmanuelle est bien vivante et sait l'art de nous laisser béat et babas.

mardi 28 octobre 2008

CHANSONS QU'UN HOMME NE DEVRAIT PAS CHANTER

Cette phrase est une remarque émise par Edith Piaf à l'écoute du "Ne me quitte pas" de Jacques Brel. Supplier, pleurer, s'offrir, s'humilier par amour...si peu viril en vérité? Ce n'est pas ce que pense l'auteur compositeur et interprète argentin Gabo Ferro qui intitula son premier opus "Canciones que un hombre no deberia cantar". Edité et diffusé quasi confidentiellement il devint rapidement le disque de l'année 2005 selon les amateurs éclairés et la sacro-sainte presse spécialisée. De même les auditeurs ayant eu la chance de voir sur les scènes underground de Buenos-Aires cet artiste au charisme rare, ne se trompèrent pas. Gabo Ferro avec sa voix surprenante de falsete, mais qui rôde parfois du côté de graves plus âpres et rugueux, est vraiment un mélodiste à part et un poète urbain de la meilleure veine. Récits intimes et impudiques, cris de colère ou déclarations d'humour, ses textes expriment un romantisme contemporain, dépouillé d'effets et imprégné de sincérité. Il sait passer d'un registre mélancolique et subtil à des épanchements soudains entre le cri et quelque chose qui pourrait s'apparenter au chant du gaucho dans la plaine! C'est que l'influence de la musique folklorique s'entend aussi dans sa guitare qui parfois aussi s'acoquine avec un rock plus pop et même matinné d'arrangements électroniques. Sa liberté et variété musicales sont une traduction directe de l'esprit d'ouverture de l'auteur et de l'homme tel qu'il s'affiche. Par ailleurs docteur en Histoire, il vient de publier un livre intitulé " Sangre, monstruos y vampiros durante el segundo gobierno de Rosas" preuve de l'éclectisme brillant du bonhomme. A suivre, la critique de sa performance sur scène le 21 NOvembre au théâtre NDAteneo.

http://www.myspace.com/gaboferro

lundi 27 octobre 2008

SWANN IN LOVE

Revu le film de Schlondorff "Un amour de Swann" que j'avais découvert il y a vingt ans sans avoir lu la "miniature géante" qu'est ce récit digressif incrusté dans La recherche. Evidemment la connaissance de l'oeuvre permet de savourer le film dans ses moindres détails et de voir comment les brillants scénaristes Jean-Claude Carrière et Peter Brook ont cherché non seulement à transcrire cette narration de l' amour malheureux d'un dandy pour une cocotte mais aussi à donner à l'ensemble une dimension véritablement proustienne en enrichissant l'épisode Swann/Odette de subtiles références au reste de l'oeuvre et à la propre existence de Proust. Ainsi Swann qui nous est montré tout au début dans son lit en train d'écrire devient-il dans le film, un double parfait du narrateur-auteur, éternel alité occupé à son manuscrit et méditant sur ses peines de coeur. Le parcours de Swann, snob et paria, qui pourrait être le père spirituel du narrateur, préfigure les amours douloureuses pour Gilberte ou Albertine, que le désir d'exclusivité et la jalousie consécutive rendront impossibles. Jérémy Irons est absolument crédible dans ce rôle avec son élégance anglaise et ses émotions rentrées qui soudain explosent dans ces scènes d'hystérie. Ornella Muti resplendissante en Odette apporte sa présence charnelle hypnotique et un faux air d'ingénue qui convient à la duplicité de la demi-mondaine. De plus elle a vraiment ce charme renaissance de la Zéphora de Botticelli qui a permis à Swann de cristalliser sa passion sur une femme "qui n'était même pas son genre".

En Oriane, Fanny Ardant fascine comme toujours, bien que le personnage eût dû posséder la blondeur et le profil aquilin des Guermantes. Mais sa classe féline et aristocratique et son magnétisme irrésistible lui permettent d'incarner une impeccable duchesse. La scène où Swann lui annonce sa mort prochaine est absolument réussie (bien qu'elle figure je crois dans "Du côté de Guermantes"). Ardant dans sa robe rouge sang y fait preuve de toute la morgue et la cruauté que dégageait cet oiseau de proie.



Mais c'est Alain Delon que l'on attendait en Baron de Charlus, l'inverti chic et arrogant. Une fois passée la bonne surprise d'un Delon poudré et emmoustaché qui évite à peine l'écueil de la folle snob, on est contraint de constater que les talents d'acteur du bel Alain ne lui permettent pas de comprendre son personnage éminent subtil, ni son jeu d'échapper à des tics faciles. Curieux car Delon dans sa jeunesse a dû bien fréquenter ce modèle de séducteur élitiste et raffiné, mais il n'est pas parvenu à s'en souvenir pour traduire toutes les nuances d'une pareille figure mondaine, ni à en suggérer la profondeur cachée sous le scintillement des effets de style.



La grande réusite du film demeure enfin dans la mise en scène des atmosphères Belle Epoque: salon Guermantes, Hôtel Le Ritz, jardin des tuileries, intérieurs somptueux ou rococo, tous nimbés d'une lumière soyeuse et nostalgique qui n'est pas sans évoquer le propre style de Proust, autant soucieux d'un art du détail que d'une harmonie et fluidité générales. L'oeuvre cinématographique relève le défi de traduire un récit où l'analyse psychologique est dominante et réussit à restituer l'esprit de l'auteur, auquel l'hommage rendu pâtit parfois d'un excés d'esthétisme au détriment de l'ironie. Mais il faut reconnaître à la fin que c'est vraiment un amour de film et que l'on prend un bain proustien avec autant de plaisir qu'une madeleine en aurait à se tremper dans une infusion au tilleul.

dimanche 26 octobre 2008

PHOTOGRAPHIES PROUSTIENNES

C’est le hongrois Brassaï, photographe célèbre et proustien passionné, qui dans son essai « Proust et la photographie » a le premier souligné la place prépondérante de cet art dans la vie et l’œuvre de l'écrivain. Comme les tableaux, les photographies font l’objet d’une tradition familiale et Proust n’aura de cesse de les collectionner soigneusement dans des albums qu’il consultait et montrait à tous ses proches avec une insistance parfois pénible. Il avait pour manie d’en réclamer compulsivement à ses amis, d’en échanger et d’en obtenir toujours de nouvelles. En effet posséder la photographie des êtres aimés jouaient chez lui un rôle de substitut à leur absence et de support fétichiste à une adoration contemplative qui seule calmait ses angoisses. Voir des êtres de rêves, empêcher les autres de les regarder, admirer jusqu’à l’extase… tout cela devient possible grâce au papier photographique qui capture les belles et en fait de sublimes prisonnières. Il est d’ailleurs amusant de constater à quel point le vocabulaire de la photographie correspond aux grandes obsessions de l’auteur : chambre noire où l’on attend le baiser de maman et où l’œuvre s’écrit, instantanés des émotions et des êtres que l’on cherche à capturer, révélation du sens caché des choses par le biais de la mémoire involontaire que l’écrivain cherche à fixer dans ses métaphores, comme le photographe le fait avec ses images. Proust compare du reste son ouvrage à une espèce « d’instrument optique offert au lecteur afin de lui permettre de discerner, ce que sans le livre, il n’aurait peut-être pas vu par lui-même».


Brassaï analyse avec soin les occurrences du thème photographique dans La recherche et en arrive à la conclusion que la plupart des grands moments dramatiques de la narration, tournent autour d’une photographie. Celle-ci catalyse la passion amoureuse comme c’est le cas pour les portraits de Gilberte, la duchesse de Guermantes ou Albertine, portraits que le narrateur brûle de posséder car ils immortalisent des êtres de rêves et alimentent son érotomanie mieux que les modèles vivants. Cette relation de fétichisme avec le support photographique trouve son sommet dans l’œuvre, avec la fameuse scène de Montjouvain qui révèle à quel point le sadisme et le voyeurisme sont des thèmes centraux de l’œuvre. Il est question dans cette scène située dans la première partie de l’œuvre « Du côté de chez Swann », de la fille du musicien Vinteuil qui reçoit chez elle sa maîtresse et s’adonne avec celle-ci à un jeu érotique. Pour atteindre l’extase, le rituel consiste à faire que sa compagne crache sur la photographie du père décédé, savamment disposée prés du sofa où elles s’ébattent. Scène indécente et terrible que le narrateur enfant observe par hasard et en cachette, devant la fenêtre de la chambre des filles, dans une position de voyeur absolu.
Cette pratique de voyeur sera ensuite une constante dans le récit : le narrateur observe, scrute, espionne avec indiscrétion et compulsion ses semblables qui sans le savoir prennent la pose devant lui pour l’éternité. Du voyeurisme à l’exhibitionnisme, le pas est vite franchi. Dans sa biographie sur Proust, Georges Painter raconte que celui-ci adorait exhiber à ses fréquentations les photographies de ses amies parmi les grandes dames parisiennes ou bien des membres de sa famille, et particulièrement parmi ses fréquentations, aux garçons du bordel pour homme d’Albert Cuzay ( le Jupien de La recherche) lesquels commentaient les photographies des êtres chers par des commentaires vulgaires et dégradants, répétant ainsi la scène de profanation de Montjouvain.

Sans descendre plus bas dans les chambres noires des turpitudes de l’écrivain, revenons pour conclure à Brassaï qui le décrit quant à lui comme une espèce de « photographe mental cherchant à rendre visible l’image latente de toute sa vie dans cette photographie gigantesque que constitue son œuvre.» (photos de Brassaï sauf le portrait de Proust)