mercredi 22 septembre 2010

LE SOMMEIL D'ALBERTINE

"J'ai passé de charmants soirs à causer, à jouer avec Albertine mais jamais d'aussi doux que quand je la regardais dormir."



"Ce que j'éprouvais alors c'était un amour devant quelque chose d'aussi pur, d'aussi immatériel, d'aussi mystérieux que si j'avais été devant les créatures inanimées que sont les beautés de la nature. [...] Je m'étais embarqué sur le sommeil d'Albertine. Parfois il me faisait goûter un plaisir moins pur. Je n'avais pour cela besoin de nul mouvement, je faisais pendre ma jambe contre la sienne, comme une rame qu'on laisse traîner et à laquelle on imprime de temps à autre une oscillation légère pareille au battement intermittent de l'aile qu'ont les oiseaux qui dorment en l'air. [...] Je goûtais son sommeil d'un amour désintéressé, apaisant, comme je restais des heures à écouter le déferlement des flots. Peut-être faut-il que des êtres vous fassent beaucoup souffrir pour que dans les heures de rémission ils vous procurent ce même calme apaisant que la nature."
LA PRISIONNIERE
Marcel PROUST

mardi 21 septembre 2010

LE VOYAGE D'UN MARIN



Aujourd'hui jour du printemps austral et de l'automne français, s'inaugure à Paris la belle une exposition à la galerie Au bonheur du jour spécialisée dans la photographie pour collectionneurs.
http://www.aubonheurdujour.net/default.htm
Grâce à "Danilo", magnifique marin à la Boca, mon travail photographique initié avec régularité depuis deux ans trouve un port d'attache parisien idéal. Un grand merci à tous ceux qui ont collaboré à ce projet. (Daniel Bodnar, Jose luis Castrillo, Nicole Canet).

EXPO MARINS du 22 septembre au 6 novembre 2010
GALERIE AU BONHEUR DU JOUR
11 RUE CHABANAIS
75002 PARIS


lundi 20 septembre 2010

PLAN B


Film argentin de Marco Berger "Plan B" est à sa manière une relecture de " Les liaisons dangereuses" dont seraient exclus les femmes et le luxe ( deux manières fondamentales d'embellir l'existence).

Tourné dans les appartements bohèmes et sur les terrasses ouvertes sur l'horizon des tours d'une Buenos-Aires crépusculaire, ce film narre aussi le crépuscule des machos, leurs incertitudes et atermoiements quant à leur manière de vivre leurs affects et de se confronter aux mutations de leur destin sentimental. Séduire le nouveau fiancé de son ex-petite copine pour briser leur couple et récupérer la donzelle, tel est le plan B du protagoniste. Un plan foireux qui se retourne contre lui. Le fiancé en question est un garçon charmant, trop, et se révèle un super copain dans une relation affective qui va de plus en plus flirter avec un au delà du désir jamais envisagé.


La métamorphose du cynisme en amour est une opération passionnante à décrire. Le réalisateur sait créer une tension nerveuse et érotique incroyable qui traduit et transmet à la perfection les sensations de vertige et les accès de résistance qui secouent l'amoureux en lutte avec ses préjugés. La simplicité et l'émotion du jeu des deux acteurs sont confondantes d'authencité.



Ces deux mecs sont comme les édifices qui se dressent dans les plans intermédiaires avec lesquels le réalisateur ponctue sa narration pleine de retenue: des blocs érigés dans leurs certitudes qui tremblent et frémissent sous un ciel nouveau.


La photographie impeccable de certains plans fixes capte l'intimité virile et la camaraderie ambigüe des corps avec une pudeur encore peu vue au cinéma. Les corps sont tout au bord de la caméra comme au bord d'un abîme: la distance qu'il manque pour le contact est celle de la frontière établie entre les sexes et leur rapports. Tout est frolements, valse d'hésitations, jeux de transgressions chargés de signifiance. "Los flacos" sont révélés comme de petits garçons attardés dans des désirs inavouables et dans le rêve d'une amitié totale, celles où l'on partagerait tous "ses jouets", ou encore le neverland de Peter Pan ou nul n'atterrit jamais. La fragilité des mecs et la répression morale qui la masque et la nie, sont ici mises à nue.


Film intelligent et tendre, magistralement conçu et conduit, traversé d'émotions et de coups de poings au coeur jusqu'à la dernière image, il fait aimer avec enthousiasme le cinéma nuevo, l'Argentine, la vie moderne, l'amour enfin, avec tous ses plans B imaginables et apparamment impossibles.

dimanche 12 septembre 2010

HUIT ET DEMI pour oublier NINE














BRASSAÏ EN EL BELLAS ARTES DE BSAS



Brassaï aux infinis talents...
Photographe de la nuit, collectionneur de graffiti, poète visuel surréaliste, critique de Proust et intime de Picasso...
Son oeuvre photographique multiplie les prouesses techniques et traduit la simplicité de la beauté captée dans ses plus infimes et touchants aspects: l'intérieur d'une fleur, le poudré d'une aile de papillon, la sinuosité rugueuse d'un cactus, les cicatrices des murs, la douceur d'une peau fardée dans le miroir d'un bordel, la brume de Paris la nuit... L'ami de Prévert avait aussi ses inventaires en clair-obscur.
Le Musée des Beaux-Arts de Buenos-Aires ( dont je redécouvre la collection prestigieuse, la plus riche d'Amérique du sud probablement, hélas mal mise en valeur) offre une sélection de ses photographies jusqu'à la fin du mois de septembre.
Clichés vus:












mercredi 8 septembre 2010

AMATEUR DE FANTÔMES


"Ces chemins me rappelaient que mon sort était de ne poursuivre que des fantômes, des êtres dont la réalite pour une bonne part était dans mon imagination; il y a des êtres en effet - et ç'avait été dès la jeunesse mon cas- pour qui tout ce qui a une valeur fixe, constatable par d'autres, la fortune, le succès, les hautes situations, ne comptent pas; ce qu'il leur faut, ce sont des fantômes. Ils y sacrifient tout le reste, mettent tout en oeuvre, font tout servir à rencontrer tel fantôme. Mais celui-ci ne tarde pas à s'évanouir, alors on court après tel autre, quitte à revenir ensuite au premier. [...] De fantômes poursuivis, oubliés, recherchés à nouveau, quelquefois pour une seule entrevue et afin de toucher à une vie irréelle laquelle aussitôt s'enfuyait, ces chemins de Balbec en étaient pleins."

Marcel PROUST - Sodome et Gomorrhe. Chap III

jeudi 2 septembre 2010

TERRIBLES ENFANTS


Il faudrait un jour réfléchir en profondeur à l'importance du thème de l'amour-monstre dans l'oeuvre de Jean Cocteau.
La Bête aime une Belle qui finit par aimer sa monstruosité devenue belle...
Une mère castratrice et dévoratrice se suicide parce que son fils est aussi son mari ( La machine infernale) ou parce qu'il lui préfère une plus jeune qui a couché avec son père dans "Les parents terribles"...
Orphée est victime d'un amour interdit pour la Princesse, sa propre mort qui se sacrifie pour lui...
La jeune Antigone aime mieux le cadavre de son frère que le vivant Hémon...
Et Les enfants terribles mettant en scène un frère et une soeur incapables de sortir de leur chambre, de leurs lits rapprochés et de leur "jeu"... puisque c'est ainsi que l'inceste est indirectement nommé dans le roman de Cocteau et les dialogues qu'il a signés pour le film de Jean-Pierre Melville.
Paul et Elizabeth y ont le visage de Edouard Dermit, " fils" adoptif de Cocteau, et de Nicole Stéphane ( famille Rotschild). Une fratrie inséparable car soudée par une passion morbide et mortifère.
Sous l'étoile de Cocteau tout amour semble interdit, immoral, scandaleux, monstrueux.... Mais quel est cet amour dont le poète pourtant d'ordinaire si volubile n'ose jamais dire le nom?