vendredi 24 août 2012

THÉSÉE selon GIDE



En 1947, un an avant de recevoir le Prix Nobel de Littérature, André Gide fait paraître "Thésée", fiction biographique sur le mythique héros athénien. Celui-ci, empruntant la voix de l'auteur ( et vice-versa ), revient sur les épisodes saillants de sa légende avec une sincérité digne d'un examen de conscience. Cette œuvre brève et dense à l'image du style gidien saisit le prétexte de la figure héroïque pour souligner les lignes de force d'une existence pleine de ferveur, celle d'un homme qui va au devant de son destin, le dompte et s'en affranchit avec courage et clairvoyance.
Leçon de lucidité et itinéraire d'un "libérateur" de lui-même et des autres, le récit est une synthèse des obsessions de l'auteur,  à l'éclairage d'un mythe qui entrecroise les perspectives de la rationalité grecque aux courbes labyrinthiques de la volupté méditerranéenne. 
Ce n'est pas l'œuvre de Gide qui m'aura le plus marqué, "Les nourritures terrestres", "L'immoraliste" et  la deuxième partie de "Si le grain ne meurt" ayant déjà aidé adolescent à briser ma coquille. Suivant les conseils du narrateur, j'avais ensuite tel le bon Nathanaël, jeté ces livres pour trouver seul, à la faveur du vent, des ferveurs plus personnelles.
Dans "Thésée" où l'on perçoit la voix assagie d'un maître en émancipation, on peut toujours apprécier  la précision classique de la langue et la persistance d'une pensée dont l'influence ( forcément " mauvaise"? ) n'a rien perdu de sa vigueur.



"En face de moi, sur un parterre fleuri de renoncules, d'adonides, de tulipes, de jonquilles et d'œillets, en une pose nonchalante, je vis le Minotaure couché. Par chance, il dormait, j'aurais dû me hâter et profiter de son sommeil, mais ceci m'arrêtait et retenait mon bras: le monstre était beau. Comme il advint pour les Centaures, une harmonie certaine conjuguait en lui l'homme et la bête. De plus il était jeune, et sa jeunesse ajoutait je ne sais quelle charmante grâce à sa beauté."



(Icare) : "J'ai parcouru toutes les routes de la logique. Sur le plan horizontal, je suis las d'errer. Je rampe et je voudrais prendre l'essor; quitter mon ombre, mon ordure et rejeter le poids du passé ! L'azur m'attire, ô poésie ! Je me sens aspiré par en haut." 


1 commentaire:

St Loup a dit…

Très beau billet sur André Gide et son Thésée, deux personnages que, avec ses pour et ses contre, j'aime bien.