
vendredi 15 octobre 2010
KIKI AU PARNASSE


"De jolies putes vraiment et un vraiment bien beau bordel" comme chantait Barbara, voilà ce qu'on peut dire avec un sourire attendri et sans une once de mépris, quand on pense à Montparnasse dans les années folles. La poésie et la peinture ont su transfigurer tout cela et en extraire un parfum de bohème cosmopolite, de bal des quat 'zarts permanent, d'une bacchanale libératrice et mélancolique à la fois. Finalement la brave Kiki dont il faut se souvenir est celle du Parnasse où l'ont placée ses amis et amants artistes. La BD joliement composée et aussi délicate qu'on peut l'être pour traiter une aussi pétulante figure a le mérite de soulever le rideau sur la vie d'une égérie déjantée, un peu comme celle-ci soulevait ses jupons pour exhiber, debout et îvre morte sur les tables des bastringues, son immortel et mémorable cul.

Photos: Man Ray, Brassaï, Man Ray
samedi 9 octobre 2010
UN PEU D'EXERCICE ET UNE ESCALE
CHEZ VICTORIA OCAMPO
Une grande partie de son activité intellectuelle et artistique se déroula dans le cadre de la magnifique Villa Ocampo qui se situe dans la banlieu chic de Buenos-Aires, à San Isidro. Dans ce petit palais familial de style éclectique, Victoria reçut la crème des écrivains et artistes sud-américains ( Borges, Vargas Llosa, Octavio Paz, Gabriela Mistral...) français ( Drieu la Rochelle, Roger Caillois, Albert Camus...) ou indiens ( Krishna Murti, R.Tagore, Indira Gandhi). Sur le Steinway du jardin d'hiver ont joué Stravinsky et Rubinstein. La bibliothèque du premier étage est d'une modernité impressionnante tant sur le plan des oeuvres romanesques que des essais philosophiques ou des ouvrages politiques. C'est émouvant de pouvoir lire les dédicaces de Camus ou de Lacan exposées sous des vitrines. Dans les chambres latérales reconverties en petits salons on peut aussi admirer les plans architecturaux de la villa que le Corbusier avait plannifiée pour Victoria toujours soucieuse d'être à l'avant-garde de tout.
On respire dans cette belle demeure, le destin solitaire et aventureux d'une femme rompant avec sa condition et les codes de son époque, éprise de culture, sacrifiant sa fortune à faire vivre une revue aussi importante que SUR d'une importance capitale dans la vie intellectuelle sud américaine.
dimanche 3 octobre 2010
DE SOEUR EMMANUELLE à SAINT-SAGAT
Un des premiers posts ici réalisés a été consacré au livre de la belle actrice dénudée à Cuba, dont la photographie suivante apparaît en première position d'une recherche google images à "Emmanuelle Béart Cuba"!
article:
http://mescouleursdutemps.blogspot.com/2008/10/la-bonne-nouvelle-de-cuba_30.html

Alors je salue ici l'auguste postérieur d'une actrice qui ne me laisse jamais indifférent et lui rends grâce, ô soeur Emmanuelle, pour attirer autant de dévôts sur mes pages si pieuses.
Aussi, voulant invoquer tous les saints du panthéon érotique contemporain, j'adresse mes prières à la nouvelle idole François Sagat, béatifié par Honoré depuis peu dans son dernier film "Homme au bain" que je n'ai pas envie e voir et qui assurément ne me séduira pas. ( préjugé bien musclé)

Le dos de Sagat attirera-t-il autant de visiteurs dans ma chapelle que la belle Emmanuelle?
Faut-il une apparition full frontal pour convaincre les foules ?
Seul l'avenir nous le dira.
En attendant je fais du prosélytisme pour mon église avec les icones que je trouve!
dimanche 26 septembre 2010
EL LADO OSCURO DEL CORAZON
Intello- curci serait la catégorie critique dans laquelle ranger cette oeuvre.
Malgré tout, j'ai aimé certains passages comme le dialogue avec la mère (une vache qui parle) ou les rencontres avec la Mort qui rappelle Cocteau, sans oublier certaines chansons (Youkali par un trio de sirènes de cabaret) ou quelques vers poètiques de Girondo, Gelman ou Benedetti que les acteurs récitent en boucle. Et Dario Grandinetti comme toujours met le paquet...


samedi 25 septembre 2010
CAMERA LUCIDA

"La photo est belle, le garçon aussi: c’est le studium. Mais le punctum, c’est: il va mourir. Je lis en même temps: cela sera et cela a été; j’observe avec horreur un futur antérieur dont la mort est l’enjeu. En me donnant le passé absolu de la pose ( aoriste ), la photographie me dit la mort au futur. Ce qui me point c’est la découverte de cette équivalence. Devant la photo de ma mère enfant, je me dis: elle va mourir: je frémis, tel le psychotique de Winnicot, d’une catastrophe qui a déjà eu lieu. Que le sujet en soit la mort ou non, toute photographie est cette catastrophe."
LA CHAMBRE CLAIRE, Notes sur la photographie.
Quand Roland Barthes, éminent spécialiste des signes se penche sur la photographie, il produit un ouvrage au croisement de l'essai et du poème en prose qu'on pourrait appeler une méditation critique. Son approche est comme toujours ancrée dans une démarche analytique très théorisante dont je trouve parfois qu'il pose en démiurge trop autoritaire les concepts, les tenants et aboutissants, sans chercher vraiment à les justifier. Tel un prêtre, il délivre des oracles en latin ou grec, formules séduisantes aux résonnances énigmatiques et toujours très pertinentes, et voilà la vérité soyeuse et captivante de ses théorèmes tendue sur le lecteur comme une toile hors de laquelle point de salut intellectuel ne nous sera accordé.

Ce qu'il y a de magnifique et d'irritant ( mais tout génie est fatalement irritant !) dans l'argumentation barthésienne, c'est justement qu'elle est inexistante et que sa science procède par des effets de persuasion spéculative et stylistique: on adhère ou on est exclu. Tout a déjà été élucidé par le maître et les notions et affirmations qu'il nous révèlent, en s'épargnant, à coups de formules persuasives comme des flèches, toute démonstration logique, sont les fragments d'un discours d'éminence grise qu'il nous faut recueillir et honorer pieusement. J'ai parfois envie de résister avec mapetite logique réactive, aux charmes de la Pythie. Et je n'aime pas qu'Orphée théorise non plus.


Cette position transparaît dans tout l'essai. C'est que la perception de Barthes est troublée dès le départ. Ecrit après la mort de sa mère, ce livre semble être un acte de dépit et d'amertume de la part de l'auteur, frustré par l'impossibilité à "retrouver" l'essence de sa mère dans les photos qu'il lui reste d'elle. Photos qu'il scrute avec un regard noyé de larmes qui sont autant de voiles et de "floutages" épistémologiques. Mort, douleur, pitié, fantômes, spectre... ces mots récurrents dans le texte crient le désespoir du fils s'adressant à des photographies familiales impuissantes à le consoler et qui ne lui renvoient qu'un théâtre funèbre, "une souffrance d'amour" source de frustration et de rage. Alors si la photographie ne permet aucune résurrection véritable ( mais quel art le permet-il vraiment?), faut-il pour autant jeter cette technique à la corbeille?
Les révélations de l'auteur sur la photographie comme Théâtre des morts, cérémonial mélancolique ou expérience de la folie.. sont profondes et précieuses à qui veut essayer d'en comprendre les mystères.
"Dire devant telle photo "C'est presque elle!" m'était plus déchirant que de dire devant telle autre: "Ce n'est pas du tout elle!". Le presque : régime atroce de l'amour, mais aussi statut décevant du rêve."
















