vendredi 15 octobre 2010

MAXENCE ET L'IDEAL










JACQUES PERRIN ou le charme discret du jeune homme parfait ( ou serait-ce le contraire?)

KIKI AU PARNASSE


La vie de Kiki de Montparnasse est un régal de bande-dessinée sous les pinceaux et la plume de Catel et Bocquet. Mais la vie de Kiki c'est pas toujours la "joie-de-vivre" que les américains des années 20 venaient trouver à Paname. Kiki c'est une enfance de bâtarde, une existence de prostitution ( sur laquelle la BD se tait, c'est la dérive hypocrite de toute bio-pic ces derniers temps voir Coco Chanel ou Piaf) et après quelques moments de grâce et coups d'éclats, une déchéance garantie qui ne lui fera pas dépasser la cinquantaine. Trop de coups durs, de lignes de coke et de mauvais vin, de mauvais choix et de mauvaise vie en soi.




Pathétique et tendre Kiki qui comme toutes les héroïnes des chansons réalistes s'est pris des poings dans la gueule en continuant à chanter " mais je l'aime, c'est mon homme!" Il ne faudrait garder d'elle que les portraits surréalistes de son éternel amant Man Ray qui lui préféra la blonde Lee Miller, ou le portrait par Foujita sur le sofa de Jouy, le visage mutin et les rondeurs peintes par Modigliani, Kisling ou Soutine. Tout le reste est trivial et triste et même finalement assez vulgaire.


"De jolies putes vraiment et un vraiment bien beau bordel" comme chantait Barbara, voilà ce qu'on peut dire avec un sourire attendri et sans une once de mépris, quand on pense à Montparnasse dans les années folles. La poésie et la peinture ont su transfigurer tout cela et en extraire un parfum de bohème cosmopolite, de bal des quat 'zarts permanent, d'une bacchanale libératrice et mélancolique à la fois. Finalement la brave Kiki dont il faut se souvenir est celle du Parnasse où l'ont placée ses amis et amants artistes. La BD joliement composée et aussi délicate qu'on peut l'être pour traiter une aussi pétulante figure a le mérite de soulever le rideau sur la vie d'une égérie déjantée, un peu comme celle-ci soulevait ses jupons pour exhiber, debout et îvre morte sur les tables des bastringues, son immortel et mémorable cul.


Photos: Man Ray, Brassaï, Man Ray

samedi 9 octobre 2010

UN PEU D'EXERCICE ET UNE ESCALE

                                                     

Grâce à un modèle Facundo, plus sportif que d'ordinaire, on explore aujourd'hui le mouvement et les attitudes du Parkour, du football, de la grimpette et on finit avec une escale sous l'uniforme d'un marin.


 
                                                                  





Session réalisée à La Boca, ancien port de Buenos-Aires, le 6.10.2010 par
Sébastien Paul Lucien Photographie ( votre serviteur!)
Toujours plus d'images en cliquant ici:

                                                     http://splphotographie.blogspot.com/ 



CHEZ VICTORIA OCAMPO

Pour commencer présentons d'abord la grande dame ( aux lecteurs non argentins!) grâce à l'ami Wiki:


"Victoria Ocampo est l'aînée de six sœurs nées dans une riche famille de Buenos Aires. Leur éducation est assurée par deux institutrices, une française et une anglaise, ce qui leur permet de s'ouvrir à d'autres cultures. Elle épouse, assez jeune, un homme de son milieu, séduisant et cultivé, mais le mariage est un échec. Elle se lie alors d'amitié avec de nombreux intellectuels, tels Rabindranath Tagore (1861-1941), Jules Supervielle (1884-1960), Jorge Luis Borges (1899-1986), Hermann von Keyserling (1880-1946).
Elle rencontre à Paris, à la fin des années 1930, Pierre Drieu La Rochelle (1893-1945), et avec lui visite Paris, Londres et Berlin. Puis, après avoir rompu avec Drieu, elle fait la connaissance de Roger Caillois (1913-1978), qu'elle invitera à séjourner chez elle, en Argentine, durant la Seconde Guerre mondiale. Elle est alors influencée par la pensée social-chrétienne de Jacques Maritain.
En 1931, Victoria repart pour l'Argentine où elle fonde la revue SUR qui publie Borges, Henri Michaux, André Malraux et Martin Heidegger, mais pas Drieu : « Tu es Pierre et sur cette pierre je ne bâtirai pas mon église », lui aurait-elle dit. Ils restent néanmoins de grands amis."
 


Une grande partie de son activité intellectuelle et artistique se déroula dans le cadre de la magnifique Villa Ocampo qui se situe dans la banlieu chic de Buenos-Aires, à San Isidro. Dans ce petit palais familial de style éclectique, Victoria reçut la crème des écrivains et artistes sud-américains ( Borges, Vargas Llosa, Octavio Paz, Gabriela Mistral...) français ( Drieu la Rochelle, Roger Caillois, Albert Camus...) ou indiens ( Krishna Murti, R.Tagore, Indira Gandhi).
Sur le Steinway du jardin d'hiver ont joué Stravinsky et Rubinstein. La bibliothèque du premier étage est d'une modernité impressionnante tant sur le plan des oeuvres romanesques que des essais philosophiques ou des ouvrages politiques. C'est émouvant de pouvoir lire les dédicaces de Camus ou de Lacan exposées sous des vitrines. Dans les chambres latérales reconverties en petits salons on peut aussi admirer les plans architecturaux de la villa que le Corbusier avait plannifiée pour Victoria toujours soucieuse d'être à l'avant-garde de tout.
On respire dans cette belle demeure, le destin solitaire et aventureux d'une femme rompant avec sa condition et les codes de son époque, éprise de culture, sacrifiant sa fortune à faire vivre une revue aussi importante que SUR d'une importance capitale dans la vie intellectuelle sud américaine.

                                         

dimanche 3 octobre 2010

DE SOEUR EMMANUELLE à SAINT-SAGAT

Je dois selon les statistiques de ce blog plus de 2500 visites au cul d'Emmanuelle Béart...
Un des premiers posts ici réalisés a été consacré au livre de la belle actrice dénudée à Cuba, dont la photographie suivante apparaît en première position d'une recherche google images à "Emmanuelle Béart Cuba"!

article:
http://mescouleursdutemps.blogspot.com/2008/10/la-bonne-nouvelle-de-cuba_30.html




Alors je salue ici l'auguste postérieur d'une actrice qui ne me laisse jamais indifférent et lui rends grâce, ô soeur Emmanuelle, pour attirer autant de dévôts sur mes pages si pieuses.

Aussi, voulant invoquer tous les saints du panthéon érotique contemporain, j'adresse mes prières à la nouvelle idole François Sagat, béatifié par Honoré depuis peu dans son dernier film "Homme au bain" que je n'ai pas envie e voir et qui assurément ne me séduira pas. ( préjugé bien musclé)


Le dos de Sagat attirera-t-il autant de visiteurs dans ma chapelle que la belle Emmanuelle?
Faut-il une apparition full frontal pour convaincre les foules ?
Seul l'avenir nous le dira.
En attendant je fais du prosélytisme pour mon église avec les icones que je trouve!

dimanche 26 septembre 2010

EL LADO OSCURO DEL CORAZON

Film d'Eliseo Subiela se voulant poétique parce que le protagoniste écrit des vers, avec un esthétisme excessif et des citations récurrentes... L'écriture, la solitude, l'errance, l'amour, la maman, la putain et la mort... on en connaît un rayon.
Intello- curci serait la catégorie critique dans laquelle ranger cette oeuvre.
Malgré tout, j'ai aimé certains passages comme le dialogue avec la mère (une vache qui parle) ou les rencontres avec la Mort qui rappelle Cocteau, sans oublier certaines chansons (Youkali par un trio de sirènes de cabaret) ou quelques vers poètiques de Girondo, Gelman ou Benedetti que les acteurs récitent en boucle. Et Dario Grandinetti comme toujours met le paquet...






samedi 25 septembre 2010

CAMERA LUCIDA


"La photo est belle, le garçon aussi: c’est le studium. Mais le punctum, c’est: il va mourir. Je lis en même temps: cela sera et cela a été; j’observe avec horreur un futur antérieur dont la mort est l’enjeu. En me donnant le passé absolu de la pose ( aoriste ), la photographie me dit la mort au futur. Ce qui me point c’est la découverte de cette équivalence. Devant la photo de ma mère enfant, je me dis: elle va mourir: je frémis, tel le psychotique de Winnicot, d’une catastrophe qui a déjà eu lieu. Que le sujet en soit la mort ou non, toute photographie est cette catastrophe."

LA CHAMBRE CLAIRE, Notes sur la photographie.

Quand Roland Barthes, éminent spécialiste des signes se penche sur la photographie, il produit un ouvrage au croisement de l'essai et du poème en prose qu'on pourrait appeler une méditation critique. Son approche est comme toujours ancrée dans une démarche analytique très théorisante dont je trouve parfois qu'il pose en démiurge trop autoritaire les concepts, les tenants et aboutissants, sans chercher vraiment à les justifier. Tel un prêtre, il délivre des oracles en latin ou grec, formules séduisantes aux résonnances énigmatiques et toujours très pertinentes, et voilà la vérité soyeuse et captivante de ses théorèmes tendue sur le lecteur comme une toile hors de laquelle point de salut intellectuel ne nous sera accordé.


Ce qu'il y a de magnifique et d'irritant ( mais tout génie est fatalement irritant !) dans l'argumentation barthésienne, c'est justement qu'elle est inexistante et que sa science procède par des effets de persuasion spéculative et stylistique: on adhère ou on est exclu. Tout a déjà été élucidé par le maître et les notions et affirmations qu'il nous révèlent, en s'épargnant, à coups de formules persuasives comme des flèches, toute démonstration logique, sont les fragments d'un discours d'éminence grise qu'il nous faut recueillir et honorer pieusement. J'ai parfois envie de résister avec mapetite logique réactive, aux charmes de la Pythie. Et je n'aime pas qu'Orphée théorise non plus.

A côté de cette manie sentencieuse, il appuie sa réflexion sur un fonds d'empirisme hyper-personnel, tirant de l'expérience la plus intime (le deuil de sa mère et la consultation des photographies la représentant) des conclusions définitives sur l'essence de la photographie. Cette dernière méthode qui est celle du poète et parfois de l'autobiographe, me semble encore la plus intéressante et la moins douteuse intellectuellement. Elle vaut au moins par la sincérité et le caractère universel auquel le je lyrique peut parfois prétendre. Personne ne discutera l'authencité de son expérience individuelle, elle vaut pour ce qu'elle vaut. Qui l'aime la suive.

Je préfère ce Roland qui se lamente au Barthes qui pontifie.


Mais c'est le mélange de toutes ces opérations qui me dérange. Le "scientifique" péremptoire, le styliste brillant qui fait mouche à chaque coup, l'introspectif psychologisant, l'anthropologue penché avec une moue dédaigneuse sur un album réducteur et subjectif de l'histoire photographique... tous ces personnages, aux performances impeccables, constituent l'auteur d'un ouvrage au charme inclassable, souvent cité en réference à tous ceux qui s'intéressent à la photographie. Et pourtant je n'ai jamais lu des lignes par moments aussi peu aimables avec cette pratique. ( on n'ose plus dire "art" après cette lecture!)






En effet je constate cependant à la lecture de La chambre claire, que ce petit livre souvent captivant, est une parfaite entreprise de dénigrement de la photographie tout d'abord dans sa pratique généraliste et populaire mais aussi dans sa dimension plus artistique à quelques rares exceptions. A titre d'exemple, je relève quelques citations, parmi les dizaines qui en finissent avec les prétentions de la pratique photographique courante.

"Elle pointe du doigt un certain vis-à-vis et ne peut sortir de ce pur langage déïctique."
"La Photographie a été et est encore tourmentée par le fantôme de la peinture."
"La sémiologie de la photographie est donc limitée aux performances admirables de quelques portraitistes."
"La photo est littéralement une émanation du référent."
"Toute photographie est un certificat de présence."
"Elle exclut toute purification, toute catharsis."
"Je ne puis transformer la photo qu'en déchêt: le tiroir ou la corbeille."
"Telle est la photo: elle ne sait dire que ce qu'elle donne à voir."

Ces constats sont clairs. Contrairement à la toile peinte ou au texte littéraire (qui voudrait opposer, comparer, hiérarchiser ici?) qui transfigurent le réel et en extraient une interprétation, transmettent une essence, la photographie selon Barthes, vu comme simple procédé chimique et mécanique, n'est que la reproduction sur papier périssable d'un objet réel qui a été saisi à un moment donné et qui se borne à un effet de ressemblance insatisfaisante dans le meilleur des cas ou à une représentation fallacieuse et funèbre en général.



Le réquisitoire est cruel. On attendrait une plaidoirie pour la photographie élévée au rang d'art sans être une reprise de la rhétorique picturale comme l'auteur le laisse entendre dans sa péroraison.

Cette position transparaît dans tout l'essai. C'est que la perception de Barthes est troublée dès le départ. Ecrit après la mort de sa mère, ce livre semble être un acte de dépit et d'amertume de la part de l'auteur, frustré par l'impossibilité à "retrouver" l'essence de sa mère dans les photos qu'il lui reste d'elle. Photos qu'il scrute avec un regard noyé de larmes qui sont autant de voiles et de "floutages" épistémologiques. Mort, douleur, pitié, fantômes, spectre... ces mots récurrents dans le texte crient le désespoir du fils s'adressant à des photographies familiales impuissantes à le consoler et qui ne lui renvoient qu'un théâtre funèbre, "une souffrance d'amour" source de frustration et de rage. Alors si la photographie ne permet aucune résurrection véritable ( mais quel art le permet-il vraiment?), faut-il pour autant jeter cette technique à la corbeille?



Les révélations de l'auteur sur la photographie comme Théâtre des morts, cérémonial mélancolique ou expérience de la folie.. sont profondes et précieuses à qui veut essayer d'en comprendre les mystères.




"Dire devant telle photo "C'est presque elle!" m'était plus déchirant que de dire devant telle autre: "Ce n'est pas du tout elle!". Le presque : régime atroce de l'amour, mais aussi statut décevant du rêve."



J'aimerais parfois que Barthes ne soit que poète tenté par l'essai, ou romancier à tendance légèrement théorisante. Il est en fait surtout un théoricien à pulsions romanesques, statut qui n'a cessé de se confirmer avec la maturité et qu'il sut assumer par ailleurs. Tout ce que Proust, qu'il adorait, a finalement su être, en se gardant de systématiser doctrinairement les impressions changeantes et les vérités furtives que sa sensibilité et son génie avaient su capter.